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Les chats ressentent-ils nos émotions?

Les chats ressentent-ils nos émotions?

Que nous possédions un chat, un chien, ou tout autre animal domestique (même un cheval), nous nous sommes tous un jour demandés si notre compagnon « ressentait » notre état d’esprit, nos émotions, et les interprétait de la même façon que nous.

Anthropomorphisme ou connivence réelle entre des êtres vivants d’espèces différentes, au langage différent ? Parmi les scientifiques, le débat est ouvert.

Cette question m’est revenue récemment à l’esprit en observant avec étonnement le comportement de mon chat Lucien à mon égard. Beaucoup de lecteurs du blog le connaissent puisqu’il est notre mascotte ; il est avant tout le chat de mon compagnon Aurélien et donc le mien, et il partage notre vie depuis plus de 5 ans. Ce chat est différent de tous ceux que j’ai connus, et différent des autres tout court (et ce n’est pas parce que c’est mon chat que je le dis). Il a réussi à conquérir même les plus récalcitrants à la gens féline, il répond quand on lui parle, accourt quand on l’appelle, ne nous lâche pas d’une semelle quoi que nous fassions, dort là où je travaille, bref : ce chat est un chien. Mais Lucien reste un chat, et si les scientifiques eux-mêmes ont quelques idées sur le degré de compréhension qu’ont les chiens de nos émotions, il n’en est pas de même pour les chats. Lucien peut bien nous être attaché, il n’est peut-être pas non plus en symbiose totale avec ses maîtres lorsque ceux-ci sont malades, ont des soucis ou des peines.

lucienlivre

Lucien veillant que mes lectures soient appropriées 😉

 

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L’épisode de la collerette le 11 novembre dernier…

 

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Avec Aurélien lors de son éphémère passage dans l’appartement parisien… il aimait bien la télé et Daniel Auteuil

 

chat ordinateur

Et là, vous conviendrez que ce n’est pas super pratique pour bosser…

Simple concours de circonstances, au moment des attentats du 7 janvier, j’étais malade et enfermée à la maison pendant 48h. Très malade, angoissée et déprimée. Lucien a plusieurs lieux favoris pour dormir dans la maison, et même s’il partage notre lit, il reste généralement à nos pieds. Pendant deux jours, ce chat a dormi collé à ma tête, ou étalé sur ma poitrine. Il ne bougeait que pour faire ses besoins, et manger (c’était bien uniquement pour le nourrir que j’arrivais à m’extraire du lit). Aussitôt après, il venait retrouver sa place près de moi. Comme s’il « sentait », donc, que ça n’allait vraiment pas, et qu’il était la seule présence vivante capable de me rassurer (mon compagnon étant malheureusement absent ces jours-là), de me faire sentir moins seule, tout simplement de veiller sur moi.

photo 1

Première étape : en travers du ventre. Lucien a l’air aussi pâteux que moi.

photo 2

Ne regardez pas mon Tshirt mais le chat, merci.

 

photo 3

Oui j’ai l’air malade. Mais regardez donc le chat.

C’est l’exemple le plus récent d’une sorte de « compréhension » que j’ai pu observer chez lui. Mais il y a eu quelques précédents, notamment à la mort du grand-père maternel d’Aurélien. J’ai raconté cette histoire dans un autre article sur Lucien, mais nous avons dû nous en séparer quelques temps, tant que nous habitions Paris, car il ne supportait pas la vie en appartement. Nous l’avions alors confié aux grand-parents maternels d’Aurélien, qui habitaient une ferme en Limousin. Le grand-père, pourtant peu attaché aux animaux, était littéralement tombé amoureux du chat, au point de lui laisser son fauteuil devant l’âtre plutôt que de le déranger !

Lucien a vécu ainsi deux ans à la campagne, comme un coq en pâte avec deux humains entièrement dévoués à son bien-être (sans oublier des hectares entiers de terrain de chasse).

Deux ans plus tard, le grand-père décéda, après 3 semaines passées à l’hôpital de Limoges. Dans la panique, personne n’avait songé à Lucien, qui était alors parti chasser on ne sait où. Il passa ainsi trois semaines seul into the wild. Personne ne l’avait aperçu, pas même les voisins qui tentaient vainement de l’appâter avec des croquettes. Ce n’est que le jour où le corps du grand-père fut amené à la maison avant l’enterrement, que le chat réapparut. Je n’y vois personnellement aucun lien : il a entendu ou vu tout simplement beaucoup de monde dans la maison, il est naturellement revenu. Le corps du grand-père était dans sa chambre avant sa mise en bière. Une fois dans la pièce principale, Lucien sut tout de suite qu’il se passait quelque chose d’anormal : il allait renifler le pas de la porte, nous regardait tous d’un air inquiet et miaulait. Evidemment, l’atmosphère y était sans doute pour quelque chose. Mais je ne doute pas qu’il avait compris, d’une certaine manière, qu’il ne reverrait plus jamais ce vieil homme dont il était devenu extrêmement proche pendant deux ans.

Départ pour l'aventure

Lucien dans la ferme limousine

Les chats, ces êtres insondables

Alors, anthropomorphisme ou réelle connivence, compréhension entre le chat et l’homme ? Pour Florence Gaunet, éthologue et chercheuse au CNRS et à Aix-Marseille Université, la réponse est claire : « Au minimum, selon ce qu’on appelle en science l’hypothèse basse, Lucien a détecté un changement par rapport à ce qu’il a l’habitude de vivre comme situation, que ce soit le décès d’un être auquel il est habitué ou une profonde angoisse, la tienne pendant les attentats.. « Savait-il » pour autant ce qui se passait exactement ? Il n’y a malheureusement pas de méthodologie pour lever cette ambigüité. La littérature scientifique ne laisse pas penser que le chien, par exemple, « sait ». On suppose que la communication est apparemment référentielle et intentionnelle. Et il ne fait aucun doute que les animaux domestiques sont très sensibles aux comportements et y réagissent, s’y adaptent ou s’y ajustent. Dans les cas que tu décris, ce sont de toute façon des bouleversements de situations sociales et de comportements des personnes importants. Et tes commentaires sur tes anecdotes reflètent un point central de notre relation à l’animal de compagnie : l’anthropomorphisme. Au quotidien, on vit néanmoins très bien avec le fait d’anthropomorphiser son animal de compagnie et de douter de son niveau exact de « savoir » sur les situations! Montrer combien l’animal est sensible à des comportements d’humains est déjà un grand pas. Il faut juste savoir qu’on n’est pas en mesure de dire si l’animal interprète des manifestations comportementales d’individus de la même manière que nous le faisons concernant les humains, à savoir aller jusqu’à attribuer des pensées, des savoirs, des niveaux de connaissance, des sentiments à autrui. »

A l’inverse, Thierry Bedossa, vétérinaire comportementaliste qu’on ne présente plus, est convaincu du contraire : « Je crois à fond à tout ce que tu as décrit », me répondit-il lorsque je lui fis le récit de mes deux jours avec Lucien comme garde-malade. « C’est ce que je constate au quotidien avec les animaux domestiques que je soigne. Mais la recherche sur le comportement félin est très compliquée à mettre en place, nous n’en sommes qu’aux balbutiements. Je reste cependant convaincu qu’il y a beaucoup d’éléments qu’on ne peut pas appréhender par la méthodologie scientifique. »

En ce qui concerne les chiens, les chercheurs nous ont abondamment donné de quoi répondre à la question : dans les dix dernières années, des centaines d’études scientifiques ont été publiées sur le sujet. Les chiens peuvent apprendre des centaines de mots, sont capables de pensée abstraite et possèdent une intuition pour deviner ce que les autres pensent. En 1998, les chercheurs Adam Miklosi, scientifique hongrois et Brian Hare, anthropologue biologique américain, ont mené parallèlement une étude indépendante, qui a montré que les chiens pouvaient comprendre le geste de montrer du doigt : lorsqu’une personne montrait du doigt une coupelle avec une friandise placée à côté d’une coupelle vide, les chiens se dirigeaient presque toujours vers la bonne coupelle. Un test plutôt simple sur lequel nos cousins les plus proches, les chimpanzés, ont pourtant échoué, se dirigeant au hasard sur les coupelles.

Mais quid des chats, ces adorables petites bêtes étant des sujets d’études très récalcitrants ? Miklosi a tenté sur vingt-six sujets ce même test du pointage de doigt. Sept chats ont « laissé tomber » l’expérience. Les autres ont obtenu des résultats aussi positifs que les chiens. Auraient-ils donc eux aussi une forme de « théorie de l’esprit », une capacité à comprendre ce qu’un autre animal est en train de penser ?

Mais en poussant l’expérience un peu plus loin, Miklosi a pu identifier une différence intéressante entre les chiens et les chats : ces derniers ne demandent pas l’aide d’un humain pour attraper, par exemple, un bol de nourriture difficile d’accès. Ils persistent à se débrouiller seuls, quitte à se heurter à un échec. Les chiens, au contraire, regardent leur propriétaire et lui demandent son aide.

Les chats sont-ils idiots, ou plus vraisemblablement, moins dépendants de l’humain que les chiens ? Tout le monde sait que ce sont des êtres extrêmement intelligents. Peut-être suivent-ils tout simplement d’autres modes de pensée… qui ne les empêchent pas de nous comprendre pour autant. Ils sont simplement plus difficiles à étudier, donc à comprendre. Cité par le site Slate, le chercheur Brian Hare se veut même prophète : « Avant 1998, personne ne trouvait les chiens intéressants, et regardez aujourd’hui tout ce qu’ils nous ont appris. Je crois que les chats représentent la prochaine frontière. »

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2 Responses

  1. Véronique

    Merci pour cet article ! Les émotions, c’est le mouvement, c’est à la base de toute relation, de l’attachement…J’ai peu de réponses, mais je me pose également de nombreuses questions quant à l’influence des émotions dans nos relations aux animaux.
    L’émotion peut être perçue comme un phénomène qui se passe essentiellement dans le corps tout en agitant les pensées. Le fait que l’émotion s’inscrive dans le corps nous laisse la possibilité d’envisager que c’est un élément que l’animal peut appréhender de par sa sensibilité (par ex, il peut percevoir les petites modifications corporelles à travers sa sensorialité). Ensuite comment l’animal répond à l’émotion perçue? On peut se questionner sur les capacités d’empathie, de compassion ?
    Pour l’humain, le fait de ressentir une perturbation est lié non seulement à l’émotion vécue mais également à la charge émotionnelle qui lui est attribuée par la représentation mentale (consciente ou non) que nous avons de la situation.
    On peut également se demander quelles sont leurs représentations mentales (le terme est-il approprié ?) chez les animaux (et quelles différences avec nos représentations) et en quoi ces représentations mentales peuvent apporter une charge émotionnelle à l’animal ? Ex : un jeune chat a été battu par un humain ; il ressent de la peur (de vivre une expérience douloureuse) quand il voit cette personne; sa représentation mentale peut devenir : tous les humains (on une catégorie d’humain : homme ou femme ou enfant) vont m’apporter une expérience douloureuse ; charge émotionnelle : peur panique à la vue des humains qui sont représentés comme apportant de la douleur). Dans ces conditions, le chat peut mal interpréter des signaux émotionnels d’une personne (qui cherchera le contact pourtant avec bienveillance) si sa perception de l’émotion humaine est en confusion avec une représentation mentale entrainant une charge émotionnelle de peur. Le chat ressent-il dans ce cas l’émotion et l’intention bienveillante de l’homme ? La « représentation » que se fait le chat (tout humain apporte de la douleur) pourrait perturber la perception de l’émotion « primaire » (joie pour la personne d’entrer en contact avec le chat de manière bienveillante).
    Ainsi l’animal n’aurait plus un accès direct à l’émotion « à l’état brut » de la personne en face de lui mais ferait face à la charge émotionnelle liée à la représentation qu’il se fait de la personne et ne pourrait alors plus ressentir que la personne lui veut du bien ?

    1. Coriolan

      Ces troubles du comportement sont flagrants quand ils sont battus ou abandonnés, leur retrait dans des caches et leur peur du contact est compréhensible, c’est pourquoi ces traumatismes peuvent avoir une résonance sur leur attitude craintive ou agressive. Comme les enfants, ce retentissement est durable quand l’humain, ou l’adulte, est assimilé à un tortionnaire. Seul le langage diffère, et ces êtres sensibles ressentent des émotions comparables aux nôtres, qui ne nécessitent pas d’avoir une intelligence humaine, car c’est une réaction instinctive et générique à tous les êtres vivants. L’Institut Français de Zoothérapie l’expérimente depuis des années en démontrant la relaxation thérapeutique que peuvent procurer nos amis poilus pour certains malades: Alzheimer, Autisme, Victimes et blessés de guerre. Le programme CHATIPI d’One-Voice essayant de diffuser cette méthode dans les établissements médicalisés, permettant d’héberger les chats errants. L’anthropomorphisme, dénoncé comme biais scientifique, ne fait que révéler cette mutuelle empathie qui doit animer la communication inter-spécifique, avec ses marques d’attachement réciproque.

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