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Le cheval, cet étranger si familier
15 juin 2015
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Le cheval, cet étranger si familier

Depuis 22 ans que je monte à cheval et fréquente les chevaux, ils me font toujours plus l’effet de compagnons proches parlant une langue étrangère difficile à apprendre. Après tant d’années, je pense aujourd’hui parler « cheval » de façon correcte niveau grammaire, mais mon vocabulaire me semble bien pauvre. Si j’ai lutté au maximum contre les tendances anthropomorphiques propres à notre espèce (certainement sans les avoir totalement vaincues), il n’en reste pas moins que je ne comprends pas toujours ce que mon cheval veut dire, ni dans quel état d’esprit il se trouve. Une vie commune de 10 ans m’a certes permis de l’observer quelque peu et d’identifier un certain nombre de comportements et d’habitudes, il me faudrait probablement 10 ans de plus pour pousser ces observations encore plus loin.

De très nombreux cavaliers et proches des chevaux sont certainement dans le même cas, et lorsqu’on aime un peu son animal, c’est une très grande frustration de ne pas pouvoir communiquer avec lui au maximum.

Le problème est le suivant : alors qu’il n’est quasiment plus un animal de travail, du moins dans les pays développés, et que son rôle a largement évolué vers le loisir et le sport, le cheval continue à être façonné par la tradition d’un mode de vie basé sur l’exploitation. L’homme persiste à l’élever, à le « fabriquer » selon l’idée qu’il se fait du cheval idéal, pour satisfaire justement un besoin relationnel, presque émotionnel. C’est ainsi que l’on obtient une certaine forme d’anthropomorphisme, qui se préoccupe parfois peu des besoins spécifiques du cheval.

Définition de l’éthologie

L’éthologie, qu’elle soit équine, canine ou féline, étudie le comportement d’un animal, d’une espèce. Elle analyse toutes les actions et réactions physiques observables telles que mouvements, attitudes, postures, mimiques, émissions de sons et de substances (eh oui, même un crottin et de la sueur peuvent être très instructives!). Comme chez les autres animaux, le comportement du cheval révèle son adaptation à son environnement en fonction de caractéristiques qui lui sont propres : patrimoine génétique, personnalité, expériences passées, apprentissages tout au long de sa vie… éléments qui diffèrent d’un individu à l’autre.

Le comportement des chevaux se modifie sans cesse dans le temps et dans l’espace. Un jeune cheval ne se comportera pas comme un cheval âgé ou expérimenté. S’il est en écurie fermée (type « barn ») ou en box avec ouverture directement sur l’extérieur et la vie qui s’y manifeste, là encore son comportement changera, même à l’âge adulte.

toilettage cheval amour

Le toilettage mutuelle est un comportement classique des relations intraspécifiques chez les chevaux. © lom742 – Fotolia

En tant qu’observateur extérieur et d’une autre espèce, l’homme analyse d’abord le comportement des chevaux entre eux, souvent en y plaquant des analyses anthropomorphiques. Grave erreur, puisque les chevaux ont des facultés de perception spécifiques, qui n’ont souvent rien à voir avec les nôtres. Le spectre de leurs divers comportements est vaste, et les causes qui les induisent encore plus nombreuses : un comportement peut être de nature hormonale, neurologique, physiologique ou environnemental ; cela peut être un rituel, du « vécu » propre au cheval. Quel qu’il soit, et qu’il se manifeste de façon intraspécifique (entre chevaux) ou interspécifique (avec d’autres espèces, et notamment l’homme), le comportement d’un cheval lui sert avant tout à communiquer. Chaque comportement est porteur d’un message pour le récepteur, qui susciteront une réaction, une réponse, contribuant à asseoir et réguler les relations. On précise également que pour les chevaux, passé et futur n’existent pas : leur communication ne vise que l’instant présent.

Le cheval a-t-il besoin de l’homme ?

J’ai longtemps pensé qu’un cheval élevé par l’homme en captivité ne survivrait pas longtemps s’il retournait à l’état sauvage. Les études scientifiques me disent que j’ai tout faux (et j’en suis bien heureuse) : non seulement un cheval domestique possède le même répertoire comportemental que ses congénères vivant en harde, mais il en userait sans problème s’il retournait dans la nature.

Pourtant, les chevaux que nous fréquentons quotidiennement sont issus de l’élevage, donc d’un mode de vie artificiel, qui modifie les comportements par adaptation. De là de nombreux troubles du comportement qui n’apparaissent qu’en relation avec l’homme (tic de l’ours, tic à l’appui, agressivité, dépression etc.). Ces comportements qui ne s’observent pas dans la vie sauvage disparaîtraient-ils pour autant si un cheval domestiqué retournait à l’état de nature ? Des études y répondent peut-être.

troupeau chevaux camargue cheval

Harde de chevaux en Camargue © cynoclub – Fotolia

Ceci étant posé, on peut se dire que la vie domestique ne convient pas du tout au cheval, ou si peu, et que l’on ferait un acte de charité en lui rendant sa liberté. Néanmoins, peut-on nier un certain attachement du cheval à l’homme ? Aurait-il été si facilement (et tout est relatif) dompté et domestiqué s’il n’avait pas eu, comme le chien, un intérêt à nous suivre ou une affinité avec notre espèce ? Si je rends la liberté à mon cheval demain, qu’est-ce qui me dit qu’il ne vivra pas mal la séparation ? Certes, il pourrait aussi très bien la vivre ! Je crois observer que, lorsque je suis absente plus d’une semaine, mon cheval me fait la tronche à mon retour. Est-ce bien ce qu’il veut exprimer, ou est-ce moi qui veux lire cela dans son comportement ? Ma tendance naturelle à l’anthropomorphisme oblitère t-elle mon analyse de son comportement ?

Puisqu’a priori, lorsque l’on possède un cheval, on ne souhaite pas le renvoyer tout nu dans la forêt, mais le garder près de soi tout en étant attentif à ses besoins, il nous faut passer outre le voile opaque de la communication interspécifique. Ce n’est pas simple : cela demande de réviser un grand nombre d’idées reçues, d’avoir des éléments de biologie, d’accepter la complexité du cheval, enfin d’ouvrir ses yeux et de « penser cheval », autant que possible.

Penser cheval

Un exemple simple : ce matin, les températures étaient relativement basses par rapport à ces derniers jours. Après le travail, mon cheval n’était pas spécialement en sueur, n’avait pas vraiment « chauffé » pendant l’effort et avait un rythme cardiaque plutôt calme. Une douche des membres me semblait donc suffisante. A peine l’eau avait-elle commencé à couler que mon cheval tirait sur la longe et buvait l’eau tombée par terre. Par 30 degrés, il n’avait absolument pas manifesté de comportement similaire, et on aurait même pu penser qu’il se transformait en chameau. Mais là, avec 20 petits degrés, c’était la grosse soif, et il a vidé en une minute le seau que je lui avais rempli.

Pour moi, le comportement était surprenant car inhabituel dans des circonstances similaires. J’aurais pu l’empêcher de boire parce que mon but initial était de lui doucher les pieds, et que moi-même n’ayant pas soif, il pouvait bien attendre son retour au box. J’ai préféré m’adapter, et sans flipper outre-mesure, je me suis même demandée ce qui avait pu déclencher une telle soif. Pas assez bu au lever, puisque je l’ai réveillé à mon arrivée ? Peut-être. Trop de sucres ? Peut-être aussi. Toujours est-il que j’ai eu un réflexe : me mettre à sa place. Lorsque l’on fréquente les chevaux durant plusieurs années, je crois sincèrement que cela devient une seconde nature. Alors certes, deviner qu’un cheval a besoin de boire rapidement, ou tout besoin physiologique, est plus facile que de comprendre les sources d’une tristesse, d’une dépression, ou d’attitudes agressives. Cela part pourtant de la même démarche.

jeune femme poulain cheval

Se mettre à la place du cheval pour mieux comprendre et anticiper ses besoins… © skmjdigital – Fotolia

Cette rubrique que nous initions tentera donc modestement de donner des clés de compréhension des chevaux (tant comportementales que biologiques), et de les analyser comme autant de mots de vocabulaires permettant d’améliorer l’échange avec ces magnifiques animaux, qui semblent si simples et qui sont en réalité si profonds. A l’heure actuelle, si nous savons identifier une émotion chez un cheval et ensuite spéculer sur sa signification, nous sommes certainement encore incapables d’appréhender l’ampleur du psychisme équin. Commençons donc par les considérer comme des créatures pensantes et sensibles, et les traiter avec respect, et nous aurons déjà beaucoup appris.

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