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Les chevaux, plus expressifs que les singes !
26 août 2015
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Les chevaux, plus expressifs que les singes !

Qui oserait encore dire que les chevaux sont inexpressifs ? Quatre chercheurs en sciences cognitives et en psychologie de l’Université du Sussex (Brighton, Royaume-Unis) ont publié début août un article dans le journal PLOS One, dans lequel ils déterminaient la similitude des expressions faciales entre humains et chevaux. Jusqu’ici, aucune étude n’avait cherché à inventorier l’ensemble des expressions faciales dont peut faire preuve l’animal, affirment les chercheurs. Mais comment quantifier des expressions ? Pour ce faire l’équipe a utilisé une méthode bien connue des psychologues (animaliers ou non) appelée FACS (Facial Action Coding System). Celle-ci, mise au point en 1978, consiste à décrire des mouvements de groupes de muscles du visage et à leur attribuer des codes (ex : « 1 » pour « Remontée de la partie interne des sourcils ») et des intensités (de « A » à « E » en fonction du degré de contraction des muscles). Toutefois, cette méthode n’avait jusqu’à présent jamais été appliquée à un animal possédant des yeux très écartés et une face aussi allongée que le cheval.

L’équipe anglaise a donc adapté la méthode à la morphologie de l’animal, notamment en ce qui concerne les muscles et tissus adipeux autour des oreilles, des lèvres et du nez qui sont particulièrement larges et complexes chez les équidés. Et grâce à cette technique baptisée « EquiFACS », ils ont pu identifier un panel d’expression riche de 17 mimiques différentes ! Plus que l’on en trouve chez le chien (16 mimiques identifiées) ou chez le chimpanzé (13 expressions seulement). A titre de comparaison, la palette d’expression humaine en comporte 27. Les chercheurs notent d’ailleurs de nombreuses similitudes en matière d’expression entre le cheval et nous. Par exemple le haussement des yeux, le clin d’œil, l’augmentation du blanc des yeux en situation d’angoisse, ou encore la lèvre inférieure relâchée comme signe d’endormissement.

Selon les chercheurs, cette large palette d’expressions proviendraient du long rapport de domestication qu’entretient l’homme avec le cheval, soit près de 5 000 ans. En effet, la phylogénétique n’est pas la seule responsable dans l’affaire. Pour le professeur de l’université de Sussex, Karen McComb, moins un animal interagit avec des êtres humains, moins il est expressif. Toujours d’après ces chercheurs, le lien homme-cheval aurait eu pour effet d’influer sur les caractéristiques sociales, cognitives et morphologiques du cheval, expliquant ainsi les similitudes faciales.

L’étude est disponible sur le lien suivant : http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0131738

Un exemple d’expression faciale : le flehmen

Mon cheval Klokhof est réputé dans son écurie pour ses « grimaces qui amusent la galerie ». Au-delà de la blague d’humains, chaque cavalier sait ce que signifie son retroussement de la lèvre supérieure : il s’agit d’un signe de communication qui fait partie de l’éthogramme naturel du cheval, qui s’inscrit généralement dans l’exploration ou la vigilance.

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Le flehmen est un comportement naturel du cheval lié aux odeurs et aux phéromones, qu’il ne faut surtout pas empêcher

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Après voir inspiré bruyamment par les naseaux, le cheval retrousse la lèvre supérieure plusieurs fois si nécessaire, ce qui découvre les gencives supérieures

Dans le flehmen, le cheval, en position debout, tend la tête et l’encolure vers le haut ou vers le côté pour favoriser l’analyse olfactive des phéromones. Après avoir inspiré bruyamment par les naseaux, il retrousse la lèvre supérieure, plusieurs fois si nécessaire, ce qui a pour effet de découvrir les gencives supérieures. Les oreilles sont généralement tournées vers les côtés, les mâchoires souvent serrées et les yeux révulsés vers l’arrière, ce qui fait apparaître la sclère. L’ensemble du comportement dure en général moins d’une minute. Chez Klokhof, c’est un comportement assez fréquent, que ce soit avec les juments ou les humains (et humaines, comme ici avec Camille, une camarade du club) ! La preuve :

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Oui je sais il a les dents sales, il voit le dentiste bientôt !

Entre chevaux, ce comportement s’inscrit dans l’exploration rapprochée pour la perception des phéromones. Entre chevaux, ces phéromones jouent un rôle dans l’attirance sexuelle, l’aversion, le marquage ou l’alerte. Elles renseignent aussi sur la « personnalité » d’un cheval, son sexe, son état de santé, sa peur et son agressivité. Tous les chevaux le pratiquent, mais les étalons le font plus souvent et plus longtemps. A ce titre, et bien qu’étant castré depuis très longtemps et dans la fleur de l’âge (il a 17 ans), Klokhof manifeste encore des comportements d’étalon marqués puisqu’il apprécie énormément sa voisine de box… trop parfois. D’où sans doute la persistance de son comportement de flehmen.

Pourquoi ce comportement nous intéresse-t-il ? Parce qu’il est l’un des plus flagrants et parlants en ce qui concerne la plasticité faciale des chevaux. La tête et l’encolure sont en général les zones les plus sollicitées pour l’envoi de messages corporels. Dans les expressions faciales, les mouvements des oreilles, des yeux, des paupières, de la bouche, des lèvres, du menton, des naseaux et de la ganache font appel à des contractions plus ou moins prononcées des muscles sous-cutanés, tandis que la zone qui s’étend du dessus du nez jusqu’au front reste immobile.

Ceci explique donc pourquoi le cheval, mine de rien, est bien plus expressif qu’on ne le croit !

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Klokhof – Close-up

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