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Loups et humains, l’impossible cohabitation?
28 août 2015
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Loups et humains, l’impossible cohabitation?

Il avait disparu depuis 1939, après 400 000 ans de présence sur nos terres, et il est revenu par l’Italie, de la façon la plus naturelle possible, au début des années 90. Pourtant, les humains ne s’accoutument toujours pas à sa présence. Qu’on le veuille ou non, le loup continue à faire peur. On n’efface pas 2000 ans de légendes en 10 ans, loin s’en faut.

De fait, la chasse au loup ne cesse d’augmenter d’année en année, il suffit de regarder les chiffres les plus récents pour s’en rendre compte. Le ministère de l’Ecologie estime la population de loups en France à 250 individus, et les tirs de prélèvements, censés répondre efficacement à « l’augmentation des attaques » sur les troupeaux ovins, sont autorisés depuis 2005.

En 2012, 11 prélèvements avaient été autorisés par arrêté ministériel, et 5 loups seulement avaient été tués au 31 décembre de la même année. En 2013, le plafond avait déjà fait un bond à 22 individus, et là encore, 5 loups ont été abattus. Parmi eux, une louve allaitante…

Mais pour bon nombre d’éleveurs, le compte n’y était pas ! Ils estimaient que l’écart entre le nombre de prélèvements autorisés et le nombre de loups réellement tués était trop grand… au point de solliciter leurs parlementaires pour qu’ils demandent des explications au Gouvernement.

En 2014-2015, le plafond a atteint 24 individus, plus 12 supplémentaires après avis d’un collège d’experts. On comptait alors 19 loups abattus.

Ces tirs de prélèvement augmentés n’ont vraisemblablement suffit à contenter les éleveurs, puisque Stéphane Le Foll et Ségolène Royal, respectivement ministres de l’Agriculture et de l’Ecologie, ont adopté le 2 juillet 2015 deux arrêtés ministériels qui donnent un sacré coup de vis à la législation en vigueur.

Le premier arrêté autorise d’une part le « prélèvement » de 36 individus pour la période 2015-2016. Le deuxième va encore plus loin puisqu’il renforce chaque degré d’action entreprise contre les loups : effarouchements, tirs de défense, tirs de prélèvement, toutes ces réponses pourront être mises en oeuvre y compris dans les parcs nationaux, comme les Cévènnes ; la supervision de l’ONCFS ne sera plus obligatoire et pourront être laissés « à la responsabilité des chasseurs, des lieutenants de louveterie et des gardes-chasses particuliers assermentés. L’Etat a décidé, cette année, de faciliter l’abattage des loups, et c’est le moins qu’on puisse dire.

Une indemnisation problématique

Le nombre de loups à abattre augmente, c’est donc un fait avéré, mais cela ralentit-il pour autant l’augmentation des attaques sur le bétail ? Il semblerait que non puisque, d’après la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement Rhône-Alpes, en 2014 9190 bêtes auraient été attaquées, contre 6812 en 2013 et 6701 en 2012.

Alors, les loups deviennent-ils assoiffés de sang… ou les éleveurs d’argent ?

Lorsqu’il y a « attaque de loups » sur un bétail, l’Etat s’engage à indemniser l’éleveur selon une procédure établie : il doit d’abord prévenir les services de l’Etat via la Direction départementale des Territoires, qui vient constater l’attaque. Le doute profite à l’éleveur, qui touche donc, selon le statut de la bête perdue, entre 80 et 520 euros par animal… des sommes supérieures à la valeur marchande même des ovins. Et ce dans tous les cas où « a responsabilité du loup n’est pas exclue ».

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© minicel73

La question de l’indemnisation a toujours posé problème, mais le système ne semble pas évoluer pour le moment. D’après un rapport parlementaire du sénateur radical de Lozère Stéphane Mazard, il a coûté tout de même 1 548 052 euros à l’Etat en 2011, le triple depuis 2004.

On oubliait presque de rappeler que le loup est une espèce protégée depuis 1992 par la Convention de Berne et la Directive « Habitat-faune-Flore » !

« Conservation compassionnelle »

Le loup n’est pas un cas exceptionnel. De nombreuses populations d’animaux sauvages sont considérées comme des nuisibles par les populations humaines, principalement parce que ces dernières estiment que ces animaux affectent leurs moyens d’existence. De la même manière, des espèces devenues invasives après avoir été introduites dans de nouveaux milieux méritent attention car elles ont un impact sur l’équilibre de la biodiversité, entraînent parfois la raréfaction d’espèces indigènes voire leur extinction. Qu’elles soient indigènes ou non, la réponse apportée pour gérer ces populations est souvent l’éradication, ou du moins la diminution du nombre d’individus par espèce, afin de « restaurer » les communautés écologiques dans leur équilibre ancestral.

Le problème est que la justification de telles interventions est souvent floue : on assiste généralement à un mélange de considérations anthropomorphiques et de morale environnementale. Ceci se manifeste concrètement dans des éliminations de masse et un bien maigre bien-être pour de nombreux animaux sauvages, « gérées » au nom de l’intérêt général, et cela entraîne, de la part des communautés humaines, méfiance et peur envers ces animaux.

La « conservation compassionnelle » promeut l’inclusion du bien-être de chaque individu dans les pratiques de conservation des espèces. Ce concept permet de réviser le ciblage des espèces à conserver et encourage fortement une coexistence entre les communautés animales et humaines qui prenne en compte le bien-être des animaux.

Lors du Congrès de l’UFAW à Zagreb en juillet, que nous avons déjà évoqué dans de précédents articles, un biologiste de l’Université de Technologie de Sydney, affilié au département « Centre for Compassionate Conservation », a exposé le cas très parlant du traitement infligé aux kangourous en Australie. Très emblématiques de l’extraordinaire faune du pays, ils n’en sont pas moins pourchassés et considérés comme des « nuisibles » pour les fermiers et les élevages, d’autant plus que les données scientifiques trop imprécises et les idées fausses largement véhiculées à leur sujet.

Le projet de recherche présenté par D. Ramp s’est implanté sur le terrain et les résultats montrent que l’application d’une « conservation compassionnelle » sont efficaces : les kangourous sont mieux considérés par les populations locales, mieux informées à leur sujet ; en conséquence, les chasses ont largement diminué.

Les moyens de la cohabitation 

Sans nier que les attaques de loups, quand elles sont avérées, fragilisent les élevages, il est facile de faire de l’animal le seul et unique responsable des difficultés des éleveurs, davantage menacés par l’industrialisation de l’élevage, la guerre des prix et la concurrence des pays étrangers.

Lorsque le loup a reçu le statut d’espèce protégée en 1992 et que sa présence sur notre territoire était confirmée, l’Etat a mis en place une politique de protection des troupeaux, prise en charge financièrement à 80% selon le barème indiqué ci-dessous :

Source : France Nature Environnement

Source : France Nature Environnement

Les mesures de protection telles que l’usage des chiens, ou le gardiennage à plein temps, ont fait leurs preuves dans d’autres pays, en Italie et en Espagne, mais aussi dans le nord-ouest des Etats-Unis. Dans le Wyoming ou le Montana, les éleveurs ont largement l’habitude de travailler en présence de nombreux prédateurs, non seulement le loup, mais aussi le grizzly, le puma, le coyote, et ils protègent leurs troupeaux en conséquence. En France, les chiffres montrent que si les troupeaux sont correctement protégés, les attaques diminuent. D’après une étude de la DDAF de 2004, en Savoie, 72% des brebis dont la mort était attribuée à des loups étaient issues de troupeaux sans protection, contre 4% seulement qui faisaient partie d’un troupeau bien surveillé.

patou troupeau moutons brebis loup attaques Alpes fromage

L’usage des patous a prouvé son efficacité dans la protection des troupeaux © ascain64

La difficulté réside bien dans la mise en place à grande échelle de la prévention. Il faut d’abord que les éleveurs l’acceptent, que les chiens soient éduqués pour garder efficacement leur troupeau (même si l’on choisit évidemment des races de travail prédisposées comme les patous ou les border collies). Enfin, suivant l’exemple fourni par le Dr. Ramp sur le cas australien, il est permis d’envisager une forme de coexistence entre les humains et les prédateurs sauvages : cela passe par une meilleure information sur la biologie de ces animaux et sur les bons comportement à adopter avec eux. Sur ce point, les chercheurs peuvent faire beaucoup pour améliorer le bien-être des animaux et aider à créer une grande communauté d’espèces qui parvient à s’entendre.

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2 Responses

  1. Babouot

    Arrêtons ce carnage et cet acharnement contre les loups…il y a des moyens pour apprendre à vivre avec il faut simplement les appliquer….idem pour les ours ….on ose faire visiter le musée de l ours pour le fric dans les Pyrénées…. mais à part cela les habitants n en veulent pas et les abattent…

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