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Le chat, bandit solitaire ou adepte du couple ?
12 octobre 2015
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Le chat, bandit solitaire ou adepte du couple ?

Simon’s cat, célèbre personnage principal d’un dessin animé sur Internet et d’une bande-dessinée du même nom, met tout en oeuvre pour attirer l’attention de son propriétaire, notamment lorsqu’il est affamé. Cela se traduit souvent par des preuves d’affection débordante envers son compagnon humain, en venant ronronner près des oreilles à une heure très matinale, en s’installant sur un livre en cours de lecture ou un clavier d’ordinateur, ou encore en se frottant à tout ce qui est à proximité de son propriétaire. Il est fréquent d’entendre que les chats sont de grands indépendants, qu’ils viennent nous voir principalement quand ils ont faim, ils sont prêts à tout pour obtenir ce qu’ils veulent… Même le plus intolérant aux caresses acceptera, dans une certaine mesure, des gratouilles juste avant de recevoir sa gamelle. Mais ils ne sont, bien sûr, pas tous comme cela ! (regardez Lucien, nldr)

Le caractère indépendant du chat signifie-t-il aussi qu’il est solitaire et « asocial »? Le terme solitaire n’a pas tout à fait la même définition entre le langage courant et le langage scientifique. C’est un mode de vie qui décrit le comportement d’individus d’une même espèce. N’appartenant pas à la même espèce, nous ne pouvons pas utiliser les mêmes termes pour parler de choses différentes !

Allons faire un tour du côté des chats errants pour mieux comprendre le comportement des chats de compagnie. Depuis plus de trente ans, les scientifiques s’intéressent de plus en plus au comportement des chats libres. Grâce aux nombreuses observations, nous savons que le chat a colonisé tous les continents (souvent par le biais de l’homme), qu’il s’est bien adapté partout, et cela grâce à un mécanisme appelé « plasticité comportementale » : modification plus ou moins durable des comportements suite aux expériences vécues. Mais la diversité de leurs milieux de vie et de leurs comportements fait que les scientifiques ne peuvent pas réellement généraliser sur leur mode de vie.

Chasseur en solo et opportuniste lorsque la nourriture est à sa portée

Comme de nombreux félins, le chat domestique est une espèce solitaire. Au sens scientifique, une espèce solitaire chasse seule, les individus ne vivent pas en groupe structuré ni organisé, il n’y a pas de coopération dans l’élevage des jeunes, entre autres. Tout le contraire des lions, exemple de référence lorsqu’il s’agit d’expliquer le mode de vie social chez les félins. Vaste sujet d’étude, le comportement du chat domestique fascine. Qu’il soit qualifié de chat errant, chat haret ou chat de compagnie, on le retrouve sous toutes les latitudes, dans tout type d’environnement (milieu insulaire, zone rurale, ou encore mégalopole), vivant seul, à deux ou en compagnie de milliers de congénères. Cette colonisation d’espaces très variés montre que l’espèce fait preuve d’une grande capacité d’adaptation, et les scientifiques relient cela avec leur degré de dépendance à l’homme.

La domestication et la sélection faite par l’homme a pu soutenir l’évolution du caractère de regroupement à travers l’augmentation de la plasticité comportementale et de la tolérance entre les congénères. Lorsque les proies sont rares et dispersées, le chat domestique chasse seul et vit sur un mode solitaire, mais si les ressources alimentaires sont abondantes et largement réparties, les chats sont capables de se regrouper, côtoyer leurs congénères et partager la nourriture disponible sans (trop) se chamailler… Attirés par les mêmes sources de nourriture, des dizaines, des centaines voire des milliers d’individus se regroupent et vivent autour de cette ressource de manière durable ou temporaire. La densité de chats serait fonction de l’abondance et de la disponibilité de la nourriture. Ordures ménagères, déchets de viande ou de poisson, croquettes apportées par des « amoureux des chats », tout type de nourriture est exploité. Ces chats, dont les ancêtres parcouraient des kilomètres, seuls, la nuit, à la recherche de leurs proies dispersées, se retrouvent à partager une même assiette et un même toit !

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Une communauté de chats vivant au refuge Aide aux Vieux Animaux

Les scientifiques ont observé que la plupart du temps, ce sont les femelles et leurs jeunes qui se regroupent autour des ressources vitales telles que de la nourriture et des abris, partagées dans le temps. Les mâles, dont le domaine de vie est nettement plus large que celui des femelles, vadrouillent à la recherche de ces dernières… Les chats d’une même portée passeront toute ou une partie de leur vie ensemble. Certains ont des affinités particulières et les démonstrations d’interactions positives ne manquent pas : flairages, frottements nez à nez, toilettages mutuels, partage de couchage. Au sein de ces regroupements, une densité élevée de chats implique un recouvrement important des domaines vitaux et la tolérance entre les individus dépend de la densité de congénères empiétant sur leur espace de vie. Mais l’abondance de la nourriture aide à ce que les chats n’aient pas à concourir pour cette ressource, leurs rivaux potentiels deviennent des compagnons de vie.

Il n’y a pas de preuves scientifiques de défense active de ces domaines de vie mais le fait qu’il n’y ait pas de transferts de femelles entre les groupes indique qu’elles ne tolèrent pas la présence d’étrangères. Le sujet de territorialité du chat est débattu au sein de la communauté scientifique. Les chats utilisent des moyens de communication visuels et olfactifs tels que le griffage, les frottements faciaux, l’urine et les fèces. Cette communication permet, entre autres, de signaler sa présence aux indésirables en évitant les rencontres. Les lieux marqués ne se situeraient pas le long de frontières territoriales mais plutôt en des points dispersés à l’intérieur du domaine vital, à distance du point de vie central. Les chats ne défendraient donc pas leur territoire, mais patrouilleraient des points marqués qu’ils marqueraient de nouveau à l’intérieur de leurs domaines, aux limites souvent peu définies. D’autres chercheurs ont prouvé qu’au sein des regroupements, les chats défendaient le coeur de leur domaine vital contre l’intrusion d’étrangers. C’est ce que l’on peut retrouver communément, lors de l’introduction d’un nouveau chat au sein de notre foyer.

Et le chat à la maison ?

Les études sur le comportement des chats domestiques errants aident à mieux comprendre le comportement de nos chats de compagnie « sédentaires ». Les données scientifiques connues sur les modes de regroupement de chats, la façon dont ils se repartissent dans l’espace, les interactions entre eux ou avec des humains sont des éléments importants à prendre en compte en captivité, que ce soit au sein d’un refuge ou d’un foyer. Contrairement aux chats errants, nos petits compagnons ont de nombreux avantages, tels qu’un toit, de la nourriture à volonté, une protection sanitaire et pas de prédateurs. Mais cela les contraint à un espace réduit, un certain type d’alimentation, un accès contrôlé à l’intérieur de la maison et/ou à l’extérieur, ainsi qu’à vivre avec des colocataires non choisis. Les scientifiques focalisent de plus en plus leurs recherches sur le bien-être du chat. Les études sont encore peu nombreuses et seraient à développer fortement, mais elles permettent de s’accorder sur les recommandations d’hébergement des chats de compagnie afin d’optimiser leur qualité de vie.

purina cat box felix hidden

Un chat a besoin de peu pour s’amuser… Un carton sert à la fois de cachette et d’aire de jeu !

Un chat n’est pas un animal compliqué à vivre, mais pour son équilibre et son bien-être, il est important de lui fournir les ressources nécessaires à ses besoins primaires : de la nourriture, des lieux de repos et un endroit pour se soulager, tout simplement. Mais avec des règles importantes à suivre ! La litière doit être dans une pièce calme, facilement accessible par le chat. Les gamelles de croquettes à même le sol ou en hauteur, ainsi qu’une ou plusieurs sources d’eau, selon ses besoins. Il est conseillé de tester plusieurs lieux et d’observer les réactions du chat. Les repas sont des moments importants pour le chat et il est montré que c’est un des facteurs qui favorise le lien homme-chat. Gros dormeur, il apprécie de se reposer dans un lieu calme et confortable… et aime choisir son lieu de repos, évoluant au cours de la journée. En lui laissant un accès à plusieurs pièces, il pourra donc satisfaire un de ses besoins vital. Enfin, une architecture d’intérieur un minimum complexe lui permettra de grimper, d’observer, d’explorer, de se cacher… (à ce sujet, vous pouvez relire notre article « Un environnement cosy pour Kitty« )

Enfin, lui offrir des stimulations mentales et physiques quotidiennes complémenteront son bien-être : de nombreux jeux et autres objets existent dans le commerce. Mais beaucoup de chats apprécient tout autant une boulette de papier, lancée au sol ou attachée à un fil que l’on fera bouger, reflétant le comportement d’une proie potentielle… Une récente étude décrit les différences de rythmes d’activité des chats selon s’ils ont accès à l’extérieur ou non. Ceux qui ont un accès contrôlé à l´extérieur ou une vie exclusive à l’intérieur, ont tendance à avoir une activité principalement diurne en lien avec les horaires de leur propriétaire. Leur pic d’activité serait exprimé en présence de celui-ci et ils auraient une absence de rythme circadien (environ 24h). Les chats qui sortent et les chats errants ont un rythme nettement plus nocturne, leur niveau d’activité est plus élevé et leur activité locomotrice totale se base sur un rythme circadien. Au cours de leurs sorties, les chats peuvent rencontrer des congénères voisins. Les rencontres ne sont pas toujours amicales, le chat résident n’accepte pas toujours la présence d’étrangers sur son domaine de vie. D’après les travaux scientifiques, cet espace pouvant se partager dans le temps, les chats ont donc une certaine tolérance de leurs congénères. Par contre, quand il s’agit d’introduire un nouveau chat au sein du foyer, au coeur de l’espace vital du chat résident, c’est une autre histoire…

Par Brunilde Ract-Madoux, éthologue et consultante au refuge AVA

Plus d’informations

Pour en savoir encore un peu plus sur le chat haret, relisez notre article « Le chat haret, cousin bohème« 

[cet article a fait l’objet d’une publication dans le magazine 30 Millions d’amis en 2014]

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