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Aménager l’espace de vie des chats de refuge
12 janvier 2016
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Aménager l’espace de vie des chats de refuge

Dans les refuges, environnements potentiellement stressants pour les animaux, les chats n’ont pas la possibilité de choisir leur mode d’hébergement et les congénères avec qui ils partagent l’espace. Ce qui est souvent une source de stress, de conflits et peut probablement compromettre leur santé et leur bien-être.

Un environnement riche en stimuli, approvisionné en structures permettant de grimper, d’explorer, de se cacher,… est indispensable pour le bien-être des chats vivant seul ou à plusieurs. D’ailleurs, il est conseillé d’exploiter l’espace en hauteur. Les scientifiques utilisent différentes mesures pour évaluer le stress chez les chats : les réponses comportementales (observations et utilisation d’échelles de mesure) et physiologiques (mesure du taux de cortisol urinaire par exemple), et l’état de santé.

Plusieurs facteurs sont à prendre en compte pour optimiser le bien-être des chats captifs (Finka et al., 2014) :

– Qualité de l’espace de vie

– Quantité d’espace disponible pour permettre le maintien à distance

– Stabilité du milieu de vie de et constance des soins

– Familiarité avec les humains, socialisation avec les congénères, niveau de tolérance

– Identité : âge, statut sexuel, tempérament

– Histoire de vie et expériences passées.

Plusieurs études mettent en évidence l’importance de la prise en compte de ces paramètres, par exemple, Kessler & Turner (1999) ont montré que les chats peu socialisés à leurs congénères sont plus stressés lorsqu’ils sont hébergés en groupe plutôt que seuls. Rochlitz et al. (1998) et Gourkow & Fraser (2006) ont montré que la qualité et la constance des soins prodigués par les soigneurs ainsi qu’une certaine stabilité de routine de leurs activités permettaient d’améliorer le bien-être des chats. Lorsque les chats sont hébergés en groupes stables, il est conseillé d’éviter de les modifier (ajout d’un nouvel individu par exemple). Tout changement intervenant dans un groupe peut être une source de stress (Ottway & Hawkins, 2003).

Depuis peu à l’association AVA, nous n’utilisons plus de boxes pour accueillir les nouveaux arrivants mais deux pièces bien aménagées d’un de nos chalets, nous n’accueillons donc pas plus de 2 nouveaux chats en même temps. Contrairement au box dont la petitesse, le manque de possibilité de retrait et de cachettes en font un lieu très stressant pour un chat qui vient d’arriver, les deux pièces des chalets contiennent des structures pour grimper, plusieurs dodos et une zone de nourrissage en hauteur. Nous avons remarqué que les chats étaient un peu moins stressés qu’auparavant dans les jours suivant leur arrivée chez nous.

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Aménagement intérieur du chalet d’accueil

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Chacun a son panier !

Or, un milieu de vie bien aménagé, peu de dérangement et des horaires réguliers sont des facteurs permettant aux chats en captivité d’être plus à l’aise dans leur environnement (Stella et al., 2014). L’étude de Stella et de ses collègues (2014) a permis de comparer le comportement de chats vivant dans différents environnements captifs – pièces ou cages, milieux enrichis ou non, bruyants ou non, prévisibles ou non, etc. – pendant 48 heures avant de leur présenter une personne inconnue (comme un potentiel adoptant). Les chats qui vivaient dans une pièce bien aménagée (structures pour grimper, se cacher, observer) ont été ceux qui approchaient le plus rapidement les inconnus et qui cherchaient le contact. Alors que ceux qui vivaient dans des cages ou des pièces non aménagées, cherchaient à se cacher ou mettaient du temps à approcher la personne inconnue, ils avaient aussi plus de comportements de vigilance.

Les résultats de cette étude montrent aussi que ça n’est pas uniquement l’espace qui est bénéfique au bien-être des chats : ils ne se sentent pas en sécurité dans une grande pièce sans aménagement particulier. Un aménagement en adéquation avec les besoins de l’animal est primordial à son bien-être.

Quand un refuge, ou une pension n’a pas le choix que d’héberger provisoirement les chats en boxes, il est conseillé de leur aménager une cachette toute simple, comme une boite en carton, qui leur permettra de se replier lorsqu’ils se sentent mal à l’aise. C’est ce que montre l’étude de Moore et Bain (2013) sur les facteurs de stress. En effet, lorsqu’ils arrivent en refuge, les chats ont besoin d’un minimum de 72 heures pour diminuer leur stress. Ils ont utilisé un test d’évaluation comportementale pour déterminer le temps que mettent les chats à s’habituer à un nouvel environnement, comme le refuge, ainsi que l’effet d’un milieu de vie enrichi sur la rapidité d’acclimatation. Les chats ont été séparés en 2 groupes: ceux qui avaient une boite en carton dans leur cage et un jeu, ceux qui n’avaient rien de particulier. La boite en carton paraissait les aider à s’acclimater plus rapidement, ils pouvaient facilement se cacher. Cela leur donnait un moyen de se soustraire aux agents stresseurs comme le bruit, la lumière forte, les humains inconnus, les autres chats, et de venir plus facilement en avant de la cage quand ils le souhaitaient.

Sur le même principe, Vinke et al. (2014) ont réalisé une étude similaire et ont montré que les chats présentaient moins de comportements de stress lorsqu’on leur offrait une cachette. Ils ont conclu qu’offrir un aménagement spécifique aux chats de refuge peut les aider à s’ajuster plus rapidement à un nouvel environnement et avoir un niveau de stress moins important. Les principaux résultats de leur étude étaient : les chats hébergés seuls en cage présentaient moins de comportements de stress lorsqu’on leur offrait une cachette (boite en carton) comparés aux chats qui n’avaient pas de boîte dans leur cage.

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De plus, il a été montré que l’état de santé des chats était lié à leurs conditions d’hébergement. Récemment, Arhant et al. (2015) ont mis au point un système pour surveiller la condition physique (poids, yeux, nez, poils, peau), les comportements (interactions agressives, comportements de jeu, comportements envers les humains) ainsi que les conditions d’hébergement des chats dans 30 refuges en Autriche. Leurs principaux résultats ont indiqué que la proportion de chats maigres était liée à une proportion élevée d’enclos avec moins d’une aire de repos par animal et à une faible proportion d’enclos contenant assez de cachettes pour tous les chats. De plus, le nombre de chats avec des problèmes de peaux était positiviement corrélé à leur temps de résidence en refuge, à un nombre faible de litières disponibles et à des odeurs désagréables dans l’environnement. Ils ont conclu que des observations basées sur des paramètres précis peuvent aider à estimer le niveau de bien-être des chats dans le but d’améliorer leurs conditions d’hébergement.

Un environnement de vie intérieur bien aménagé n’exclu pas un bon aménagement à l’extérieur pour les chats qui ont la possibilité de sortir. Au refuge AVA, les chats vivent dans de grands enclos à ciel ouvert, dans lesquels sont installés 1 à 2 chalets leur permettant de dormir au chaud l’hiver. De nombreuses niches parsèment les enclos, les chats ont la possibilité de choisir leur(s) lieu(x) de repos, à proximité ou éloignés de leurs congénères.

La végétation est abondante, des arbres agrémentent les lieux et servent de postes d’observation, de griffoirs, ou encore de zones de repos.

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Par Brunilde Ract-Madoux, éthologue et consultante à l’association AVA.

 

Références scientifiques :

– Arhant C., Wogritsch R. & Troxler J., 2015, Assessment of behavior and physical condition of shelter cats as animal-based indicators of welfare, Journal of Veterinary Behavior: Clinical Applications and Research, 10 (5): 399-406.

– Gourkow N. & Fraser D., 2006, The effect of housing and handling practices on the welfare, behaviour and selection of domestic cats (Felis sylvestris catus) by adopters in an animal shelter, Animal Welfare, 15: 371-377.

– Finka L.R., Ellis S.L. & Stavisky J., 2014, A critically appraised topic (CAT) to compare the effects of single and multi-cat housing on physiological and behavioural measures of stress in domestic cats in confined environments, BMC Veterinary Research, 10: 73.

– Kessler M.R. & Turner D.C., 1999, Socialization and stress in cats (Felis silvestris catus) housed singly and in groups in animal shelters, Animal Welfare, 8 (1): 15-26.

– Moore A. M. & Bain M. J., 2013, Evaluation of the addition of in-cage hiding structures and toys and timing of administration of behavioral assessments with newly relinquished shelter cats, Journal of Veterinary Behavior: Clinical Applications and Research, 8 (6): 450-457.

– Ottway D.S. & Hawkins D.M., 2003, Cat housing in rescue shelters: a welfare comparison between communal and discrete-unit housing, Animal Welfare, 12: 173-189.

– Rochlitz I., Podberscek A. L. & Broom D. M., 1998, Welfare of cats in a quarantine cattery, The Veterinary Record, 143: 35-39.

– Stella J., Croney C. & Buffington T., 2014, Environmental factors that affect the behavior and welfare of domestic cats (Felis silvestris catus) housed in cages, Applied Animal Behaviour Science, 160: 94-105.

– Vinke C. M., Godijn L.M. & van der Leij W.J.R., 2014, Will a hiding box provide stress reduction for shelter cats?, Applied Animal Behaviour Science, 160: 86-93.

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