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A la découverte des macaques japonais
26 septembre 2016
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A la découverte des macaques japonais

Ils sont célèbres pour leurs baignades dans des sources d’eau chaude et leurs faces rouges, mais qui sont vraiment les macaques japonais ? Surnommés singes des neiges, ces primates sont les plus septentrionaux du monde et sont capables de vivre dans des conditions extrêmes. Alexandre Bonnefoy , photographe ayant vécu au Japon, les a suivis dans tout le pays du Soleil Levant, du printemps à l’hiver, des plaines enneigées de la péninsule de Shimokita au nord, jusqu’aux forêts classées au patrimoine mondial de l’UNESCO de l’île de Yakushima au sud.
Pour compléter ce magnifique reportage photographique, Cédric Sueur et Marie Pelé, tous deux primatologues, ont réalisé des textes passionnants et riches d’anecdotes sur la vie de ces singes mal connus. Des planches illustrées très pédagogiques apportent enfin un éclairage scientifique mais accessible, qui nous permettent de comprendre la vie sociale des singes et leurs comportements étonnants, tour à tour jouant avec des pierres, se baignant dans les sources d’eau chaude ou se déplaçant sur le dos des daims.

Les auteurs ont accepté de nous en dire un peu plus !

Pet in the City : Pourquoi avoir voulu faire un ouvrage sur ces singes ? Quels furent vos objectifs, à la fois scientifiques et artistiques (car les photos sont très belles!) ?

Cédric Sueur : Le Japon est le berceau de la primatologie. Depuis près de 70 ans, les primatologues étudient la grande variété de traditions que les macaques japonais présentent dans leur comportement. Certains macaques japonais jouent avec des boules de neige, d’autres entrechoquent des cailloux. Ces comportements restent cependant très peu connus du grand public.

Alexandre  Bonnefoy : Lors de mes différentes randonnées, j’avais pu croiser de nombreux singes, que ce soit dans des parcs naturels ou en pleine forêt. J’ai été très surpris de voir qu’il y avait peu de livres sur les singes du Japon au Japon. Ces livres se concentrent presque exclusivement sur un seul lieu, le parc de Jigokudani et ses sources d’eau chaude, un parc très populaire et facile d’accès. Nous voulions vraiment aller plus loin et proposer une vision plus globale de la vie des singes au Japon. Nous avons donc décidé de suivre plusieurs groupes de singes à travers l’archipel mais aussi sur plusieurs saisons.

Pet in the City : Pouvez-vous nous faire une petite présentation de ces singes, qui sont les plus septentrionaux du monde ? Sont-ils très différents de leurs cousins africains ou asiatiques ? Quelles sont leurs particularités physiques et comportementales ?

Marie Pelé : Les macaques japonais font partie du genre Macaca qui comprend au total 23 espèces dont la majorité vit en Asie. Seul le macaque de Barbarie vit en Afrique, dans les montagnes de l’Atlas. Le macaque japonais est endémique du Japon, d’où son nom. On ne le trouve nulle part ailleurs sur la planète à l’état sauvage. Il a une queue très courte et un visage de couleur rouge, qui peut devenir très vif pendant la période de reproduction. Mais la morphologie des macaques japonais varie en fonction de leur répartition géographique. Au nord de Honshu, leur pelage est gris pâle et très épais pour résister à la rigueur de l’hiver tandis que sur l’île de Yakushima, à l’extrême sud du Japon, les singes tendent à avoir un pelage marron, parfois très soutenu. Le macaque japonais se caractérise également par un système social qualifié de despotique et népotique. La hiérarchie entre les individus est très stricte au sein des groupes.

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Crédit : Alexandre Bonnefoy

Pet in the City : Vous dites que le Japon est le berceau de la primatologie. On aurait pu penser que c’était l’Afrique ! Pourquoi cette affirmation ?

CS : C’est Kinji Imanishi, un célèbre naturaliste japonais et deux de ses étudiants de l’Université de Kyoto qui ont commencé, pour la première fois, à étudier et observer les singes sur l’île de Kojima, au sud du Japon. C’était en 1948, à la fin de la Seconde guerre mondiale. Imanishi souhaitait mieux comprendre la société humaine en comparant la vie des macaques et leur société aux nôtres. Ce fût également, au Japon que des comportements de type culturel, c’est-à-dire transmis par apprentissage social et présents que dans certains groupes, ont été découverts. Ainsi, on peut observer des macaques japonais prendre des bains d’eau chaude tandis que d’autres lavent leurs aliments. L’observation en Afrique et en Asie des grands singes, par Jane Goodall, Dian Fossey ou encore Birute Galdikas a commencé quelques années plus tard, dans les années 1960. La primatologie trouve donc bien son origine au Japon et elle s’est depuis très fortement développée.

Pet in the City : L’image de ces singes dans des bains d’eau chaude est la plus commune et ce qui a souvent permis au grand public de les connaître. Pourtant, il paraît que ce phénomène est relativement rare chez l’espèce. Quel est son sens et son origine ?

AB : Ce comportement n’est observé, à l’état naturel, que chez un groupe de macaques japonais, celui vivant à Jigokudani. Il fût observé pour la première fois dans les années 1960. Les singes ont commencé à imiter les hommes qui se baignaient dans les onsen, des sources thermales naturelles très populaires au Japon. Evidemment s’en sont suivis assez rapidement des conflits entre hommes et animaux, et il a été décidé de construire un onsen réservé aux singes, exclusivement. Depuis, à Jigokudani, ce comportement se transmet socialement de génération en génération. Les singes se baignent en hiver pour se réchauffer mais pour se toiletter ou encore jouer. Ce comportement est facilement observable par les touristes et a été largement couvert par les médias du monde entier, du magazine LIFE en passant par National Geographic.

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Crédit : Alexandre Bonnefoy

Pet in the City : Qu’avez-vous appris sur les primates et plus largement sur les hommes, en termes éthologiques, par l’observation de ces singes ?

CS : Tellement de choses ! La primatologie nous permet d’amoindrir encore et toujours la frontière qui est faite entre l’animal et l’Homme. Je crois que c’est Alexandre qui a véritablement été surpris de voir à quel point une société de macaques n’est pas si différente d’une société humaine : politique, tromperie, communication, amours, jalousie, jeux, apprentissage… rythment le quotidien de ces animaux. Et il ne faut pas oublier que c’est chez les macaques japonais, avec une jeune femelle prénommée Imo, qu’a été décrit pour la première fois, en 1959, un comportement de type culturel. Une révolution à l’époque, puisque la culture était exclusivement réservée à l’Homme.

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Illustrations : Delphine Vaufrey

Pet in the City : Ces singes sont-ils appréciés et protégés au Japon ? Quelle est la politique de conservation à leur égard ?

MP : Le rapport des Japonais avec les singes est très complexe. Dans la vie spirituelle des Japonais, le macaque japonais est un animal sacré. Il fait le lien entre l’homme et le divin, c’est le messager des Dieux. Mais dans certaines régions, il peut se révéler être un véritable cauchemar. En effet, l’expansion de l’activité humaine empiétant toujours plus sur l’habitat des singes, ces derniers n’ont d’autres choix que de venir se nourrir dans les champs et les vergers. Chaque année, plusieurs millions de yens sont dépensés pour protéger les cultures des intrusions des singes. Mais cela ne suffit pas, et 20 000 singes sont abattus par an pour maintenir leur population stable.

Pet in the City : Quelles ont été vos difficultés (techniques, scientifiques etc) au cours de ce projet d’observation ? Avez-vous été aidés par les primatologues japonais sur place ? Quels ont été vos relations et leur apport dans votre recherche ?

AB : Nous avons eu le soutien de nombreux scientifiques japonais, mais aussi des administrations sur place. Par exemple, j’ai dû obtenir un permis pour m’aventurer dans la forêt de Yakushima, car elle est classée au patrimoine de l’Unesco et donc protégée. Nous avons également reçu l’aide du Wildlife Research Center de l’Université de Kyoto pour nous rendre sur la petite île de Kojima avec 10 kilos de patates douces à distribuer aux singes ! Sans oublier l’aide des Japonais qui connaissent très bien les habitudes des groupes de singes avec lesquels ils cohabitent.

Pet in the City : Que veut dire « saru » ? « Singe » j’imagine ? 😉

AB : Tout juste ! Saru signifie singe en japonais. Rajoutez nihon devant et vous obtenez « singe japonais » : nihon saru !

Plus d’informations

singes saru éditions issekinicho macaques japonais onsen japon Saru – Singes du Japon
Éditions Issekinicho 2016
Photographies : Alexandre Bonnefoy
Textes scientifiques : Marie Pelé – Cédric Sueur
Illustrations : Delphine Vaufrey
Préface : Testsuro Matsuzawa (Institut de primatologie de Kyoto)
35 euros 

Actuellement en pré-commande sur le site des éditions Issekinicho avec un petit cadeau à la clé ! Expédié à partir du 15 octobre, 10 jours avant la sortie en librairie.
Site Internet : http://www.issekinicho.fr/accueil/

Saru-Singes du Japon  est au cœur d’un projet plus global incluant expositions et conférences itinérantes. Alexandre Bonnefoy présentera ses prises de vues vidéos ainsi que son carnet de voyage, tandis que Cédric Sueur présentera les relations sociales des macaques japonais et la relation très complexe que les Japonais entretiennent avec eux. Marie Pelé enfin présentera l’ensemble des traditions observées chez ce singe fascinant.

Dates prévues :

• Maison de la culture du Japon à Paris

conférence : 25 octobre 2016 à 18h30

exposition : du 25 au 29 octobre 2016

• Médiathèque André Malraux à Strasbourg

conférence : 3 décembre 2016 et 14 janvier 2017

exposition : du 1er décembre 2016 au 4 février 2017

• Fête de la science de Saint Omer

octobre 2017

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