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Dog Revolution : une révolution culturelle avant tout
5 octobre 2016
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Dog Revolution : une révolution culturelle avant tout

Qu’est-ce qu’un bon chien aujourd’hui ? Difficile question, alors que plus de 7 millions de Canis Lupus Familiaris peuplent nos foyers français, et que les vétérinaires et comportementalistes reçoivent de plus en plus de patients atteints de troubles du comportement.

Ce week-end, l’université Paris Ouest Nanterre accueillait le séminaire Dog Revolution, organisé par les docteurs vétérinaires et comportementalistes Thierry Bedossa et Antoine Bouvresse, pour tenter de répondre à cette question complexe. Le choix du lieu n’était pas complètement anodin : après tout, en mai 68, c’est à Nanterre que tout a commencé.

Une « Dog Revolution » oui, car durant deux jours, tous les professionnels les plus représentatifs du monde canin, vétérinaires, éducateurs, éleveurs, mais aussi (et c’était une première) des spécialistes de la pensée humaine, psychologues, juristes et sociologues, ont expliqué à un public venu en masse et avide de conseils qu’il fallait tout simplement changer notre rapport au chien pour le rendre plus heureux. Qu’en somme, le problème, ce n’était pas eux : c’était nous.

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Un amphi plein à craquer et un public conquis !

Prenons le début de l’histoire : on croit savoir que le chien « a été domestiqué par l’homme il y a 15 000 ans ». Or, les recherches scientifiques nous démontrent aujourd’hui que c’est bien plutôt le chien qui a fait le choix de se rapprocher de l’homme, et de s’adapter à cette nouvelle espèce qui investissait son biotope. Un exemple parfait de darwinisme, et un fait biologique qui démonte totalement la vision anthropocentrée admise jusqu’à présent.

Et tout le problème est là, dans nos relations avec nos chiens : nous prenons rarement leur point de vue en compte !

Des deux morphotypes originels identifiés, le chien courant et le molosse, en plusieurs milliers d’années, nous avons atteint près de 400 races de chiens. Chiens de compagnie, chiens de travail, tous ont une utilité. Une mission précise à assurer auprès de l’homme. Un épagneul papillon est idéal pour la compagnie, un chien de berger pour garder les troupeaux. Chacun son job. Il y a 30 ans, personne n’aurait eu l’idée d’avoir un chien de berger en ville. Aujourd’hui, combien de border collies sont amenés en consultation par des propriétaires débordés parce qu’ils « rassemblent » les vélos ou les voitures ?

Qu’est-ce donc qu’un bon chien ? Eh bien, un chien dont on respecte la nature. Cela peut paraître simpliste, pourtant les professionnels constatent au quotidien à quel point cela semble difficile à admettre pour nous, humains. A ce titre, l’intervention de Nicolas Cornier, éducateur canin très connu du milieu cynophile, dès l’ouverture du congrès samedi matin, donnait le ton. A peine arrivé sur l’estrade, le décor était planté : « Vous voyez ça ? » dit-il en présentant un clicker… Avant de l’écraser rageusement du pied devant un public à la fois médusé et amusé. « Voilà, maintenant on peut travailler. » Sous-entendu : débarrassons-nous de nos idées reçues, et partons sur des bases neuves.

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Nicolas Cornier en grande forme !

Son intervention n’a pas été du goût de tout le monde, pourtant elle posait toutes les bonnes problématiques : qu’est-ce qu’un chien de berger a à faire en ville ? Pourquoi a-t-on le droit de faire n’importe quoi avec les chiens ? Comment vaincre les petites peurs de l’humain, qui ne veut pas lâcher son chien de peur de gêner socialement, qui ne quitte plus la laisse parce qu’il n’a pas les compétences pour maîtriser son animal ; comment socialiser le chiot de façon précoce ; et pourquoi y a -t-il justement tant de ratés, de problèmes relationnels entre les chiens et nous, au point que la qualité de vie des uns comme des autres se dégrade ? Pour Nicolas, la réponse est sans appel : « On regarde le chien de trop près, on ne prend plus assez de recul. On a arrêté de réfléchir à la place qu’il doit occuper. Tous les week-ends, des gens exposent des chiens, dansent avec eux… Il y a d’autres moyens pour être heureux avec eux, ils ne demandent pas ça. »

Pour lui, ce n’est pas le chien qui a besoin d’être révolutionné, c’est l’homme, et le rapport qu’il crée avec le chien. « La culture du bon chien, du beau chien… c’est relatif. Regardez, il y a bien des gens qui adoptent des carlins ! Je plaisante. Le « mignonisme », le « gâtisme », il faut bien admettre que cela existe, mais c’est un véritable obstacle. On ne peut pas traiter avec intégrité et respect un être vivant que l’on considère avant tout comme beau. » L’esthétique est déjà un jugement qui empêche de voir QUI est vraiment l’animal. On entre presque dans la philosophie.

Forcément, de tels propos choquent certaines personnes (au hasard, les éleveurs). Mais tous les intervenants ont, après tout, démontré ceci : le problème dans la relation homme/chien vient souvent de l’homme. Sarah Jeannin, psychologue clinicienne intervenue le deuxième jour du colloque, assiste Thierry Bedossa dans ses consultations en médecine du comportement au CHUVA d’Alfort depuis 3 ans. Nous avions d’ailleurs fait un reportage sur cette méthode unique en France et sans doute en Europe, qui consiste à adjoindre au vétérinaire les services d’une psychologue qui « gère » l’humain. « Les propriétaires amènent un animal qui souffre d’un trouble du comportement, mais en vérité ils viennent en raison d’un problème plus large. Une névrose, un traumatisme, un manque à combler. Et le vétérinaire n’est souvent pas du tout formé à la psychologie humaine. Or, il est très utile de prendre en compte l’état émotionnel du maître pour comprendre le problème de l’animal et de sa relation avec son humain. »

Le fait est que les problèmes rencontrés chez les chiens impliquent très souvent la responsabilité du maître : ignorance des besoins du chien comme espèce et comme race, des exigences trop importantes envers un jeune chien (comme envers un enfant…), des difficultés à interpréter ses états émotionnels. Aucune étude scientifique ne démontre que les chiens savent distinguer le bien du mal et qu’ils maîtrisent la notion de vengeance. Pourtant, combien de maîtres ont pu dire « il a fait pipi sur mon canapé pour se venger ! » ?

En vérité, nous ne connaissons pas nos chiens. Dans un phénomène de cristallisation stendhalienne, ce que nous aimons en eux, ce que nous voyons en eux, ce sont avant tout nos propres projections. « Attention cependant : il faut certes questionner la responsabilité du propriétaire, mais ce n’est pas toujours et invariablement sa faute ! La présence du psychologue sert justement à le rassurer, à le mettre en confiance pour qu’il oublie un instant ses propres émotions et se rende à l’écoute des besoins de son animal. L’amour malheureusement ne suffit pas à rendre un chien heureux ! », précise Sarah.

Pour comprendre, il faut donc apprendre. C’était l’objet de l’intervention de Caroline Gilbert, docteur vétérinaire, responsable de l’enseignement d’éthologie fondamentale et appliquée de l’ENVA et des consultations en médecine du comportement du CHUVA. Elle supervise donc directement les consultations de Thierry Bedossa et Sarah Jeannin, et reste convaincue qu’il faut avant tout éduquer les propriétaires aux besoins éthologiques de leur animal : « Il faut leur faire comprendre qu’ils ont des émotions, leur apprendre à les détecter et à y répondre. La plupart des maîtres ignorent que les chiens sont parfaitement capables de nous reconnaître à notre visage, et de décoder nos expressions faciales pour identifier notre humeur. Ils savent interpréter le comportement d’un humain avec un autre humain, ils reconnaissent nos peurs, notre joie, notre colère, la science l’a démontré. Notre rôle est d’apprendre au propriétaire à identifier ces signaux et à les interpréter. » L’exposé de la doctorante Charlotte Duranton et de l’éducatrice Eléonore Buffet sur les capacités cognitives du chien était à ce titre extrêmement riche en enseignements.

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Ainsi, on pourrait presque dire que dans la relation homme/chien, celui qui ne parle pas la langue de l’autre n’est pas celui que l’on croit… « Il ne leur manque que la parole »… En effet ! Les chiens nous comprennent bien plus que nous les comprenons, parce qu’après des millénaires à nos côtés, ils nous ont attentivement observés et ont appris à décoder notre langage, verbal et non-verbal. Et nous ? Où en sommes-nous dans notre apprentissage de la langue « chien » ?

« Il nous faut interroger l’état de nos pensées aujourd’hui », expliquait Thierry Bedossa dans sa première intervention, très attendue, samedi midi. « Les chiens qui manifestent des troubles du comportement ne sont pas des malades mentaux que l’on doit absolument soigner à coups de psychotropes. Ce sont des animaux intelligents et sensibles qui recherchent le plaisir, comme nous, comme la plupart des mammifères, et nous l’avons largement oublié. Les questions que l’on entend souvent de la part de maîtres débutants sont édifiantes : est-il mauvais qu’il dorme avec moi ? Doit-il manger après moi ? Doit-il vivre en chenil ? Non ! La notion de dominance et d’ascendant relationnel sur l’humain est à déconstruire absolument. Ce n’est pas la seule manière dont les chiens structurent leur environnement social, que ce soit avec des congénères ou des humains. La relation entre notre chien et nous doit être basée sur une éthique, comme toute relation équilibrée d’ailleurs, sur une méthode amicale et positive. Et si on n’y parvient pas, si l’on se sent dépassé et désespéré de ne pas arriver à être un bon maître, pour des raisons extrêmement variées, le placement responsable et conscient est une meilleure solution que la souffrance d’une bête, et on n’a pas le droit de stigmatiser un maître pour cela. »

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L’intervention de Thierry Bedossa était très attendue

Parler couramment le « chien », c’est s’attaquer aux causes (nous, notre égoïsme et notre ignorance) plutôt qu’aux effets. C’est souvent efficace pour régler un problème (ainsi, les troubles du comportement d’un chien). Mais c’est plus exigeant. Cela oblige à s’oublier et à ne plus considérer notre chien comme « l’animal-machine » qu’évoquait Descartes. Car être un chien de compagnie, c’est un sacré boulot ! Jocelyne Porcher, sociologue chercheuse à l’INRA et notamment spécialiste des relations de travail entre les hommes et les animaux, l’a expliqué dimanche matin : « Etre présent, rechercher l’interaction, se tenir tranquille, être aimable : la compagnie est un véritable travail, comme l’était celui de dame de compagnie au 18ème siècle. Un travail avec des horaires, largement intériorisés par le chien, qui s’y investit autant qu’il le peut et qu’il s’approprie au fur et à mesure de l’avancée de sa relation avec son maître. Et qu’en est-il de son temps libre ? La vraie liberté, pour un chien de compagnie, serait d’avoir un temps où il puisse faire ce qu’il veut et ne plus avoir à se maîtriser. L’emmener courir sur une plage et le laisser aller où il le souhaite, par exemple. C’est très difficile à envisager pour les maîtres, pourtant cela pourrait apporter une réponse à bon nombre de comportements difficiles. »

Souvenons-nous que nous-mêmes, nous sommes des animaux. Et nous apprécions qu’on nous comprenne. Alors, avec les chiens, faisons preuve d’empathie, et mettons-nous à leur place. C’est encore le meilleur moyen pour les comprendre et les rendre plus heureux. Nous-même, nous ne pourrons qu’en bénéficier. C’était la leçon de Dog Revolution. Et vu l’enthousiasme du public, il semblerait qu’elle trouve un écho favorable. C’est encourageant pour l’avenir !

Plus d’informations

Site Internet : www.dog-revolution.fr

Toutes les conférences en vidéo sur Périscope : https://www.periscope.tv/Stephane_Tardif/1ZkJzWjDyVexv

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3 Responses

  1. Laurence

    Bel article Emmanuelle !
    Il résume bien les 2 jours de séminaires auquel j’ai eu la chance de participer.
    La bizette à Lucien 😉

  2. martin francoise

    Curieux qu’une soit disant ouverture d’esprit comme ce site se le veut, bloque l’integralité des commentaires qui vont dans une vision autre que celle de l’angelisme de cet article !!
    Si effectivement certaines conferences ont ete interessantes, le reste n’a ete qu’un enfoncement de portes ouvertes , car il n’a pas fallut attendre que le soit disant « dog revolution » pour savoir que la problemeatique du chien , c’est l’être humain…
    Nous sommes tres nombreux à l’affirmer depuis pres de 20 ans !!
    Un colloque egalement etrangerement orienté  » chien de compagnie » puisque le principal organisateur souhaite mettre en place un elevage de …. chiens de compagnie …!! chiens non lof et ou de type ..
    Le meme organisateur etant egalement president d’une federation pronant l’ouverture d’un 2eme livre des origines … alors d’un coté le non lof et de l’autre le chien de race ..
    Mais l’individu n’est pas à sa pres puiqu’il utilise largement le procédé des animaleries pour promouvoir ses propres bouquins …
    Alors bouffer à toutes les gamelles ne me permet pas à moi de credibiliser quoique ce soit … !

    1. Pet in the city

      Accusation parfaitement infondée : tous les commentaires sont mis en ligne du moment qu’ils n’enfreignent pas la loi. Le vôtre l’a été automatiquement d’ailleurs, alors à quels commentaires pensez-vous ?

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