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Avec le Parti animaliste, la cause animale se politise
1 décembre 2016
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Avec le Parti animaliste, la cause animale se politise

Le Parti animaliste a été officiellement lancé le 15 novembre dernier. Ses fondateurs, militant déjà dans de nombreuses associations de défense des animaux et de la nature, ont passé 10 ans à observer les partis similaires déjà existants en Europe avant de créer l’équivalent français. L’objectif de ce parti ? Contribuer à former l’opinion publique et surtout celle des élus sur la condition animale, globalement absente des programmes de campagne.

Isabelle Dudouet-Bercegeay, cofondatrice et porte-parole du Parti animaliste, a répondu à nos questions et nous présente ce parti qui a pour ambition de faire entrer les questions animales dans l’arène politique.

Pet in the City : Le Parti animaliste se présente sur votre site comme un parti pour lequel on peut voter, donc qui présentera sans doute des candidats aux élections locales et nationales, mais en même temps, comme un parti qui « souhaite encourager les décideurs politiques à s’emparer davantage » des questions relatives aux animaux ; un parti qui, comme cela est dit également sur votre site, qui a pour but de « faire émerger la question animale dans le champ politique ». L’objectif à long terme est-il donc d’être un parti politique « traditionnel » (avec son organisation structurée, ses instances, ses candidats et peut-être un jour ses élus) ou finalement une association militante ?

Isabelle Dudouet-Bercegeay : Les Statuts du Parti animaliste (50 pages) ont prévu une organisation traditionnelle, avec différentes instances, commissions, pôles, etc. Bien entendu, les Statuts ont prévu un fonctionnement allégé au début, le temps de recruter des membres pour les différentes instances.

Pet in the City : J’ai bien noté que le programme reste volontairement concentré sur les questions animales, pour les sortir du reste du débat public dans lequel vous les estimez noyées. Néanmoins, le manque de transversalité du programme proposé ne risque t-il pas de « délégitimer » les propositions ?

Isabelle Dudouet-Bercegeay : Beaucoup de proposition contenues dans notre programme sont en réalité transversales. A titre d’exemple, fixer un objectif de diminution de la consommation de produits d’origine animale de 25% d’ici 2025 :  cette mesure touche certes les animaux, et au-delà, l’environnement sera favorablement impacté (ressources en eau, pollution liée aux intrants nécessaires aux cultures destinées aux animaux d’élevage, pollution liée aux effluents des élevages et abattoirs, préservation de la biodiversité grâce à une moindre pression sur les océans (surpêche), sur les territoires français, mais aussi en Amazonie lourdement impactée par la culture du soja destiné à nos poulets, cochons, vaches, diminution de nos émissions de gaz à effet de serre anthropiques, etc. La santé globale des Français s’en trouvera sensiblement améliorée également, d’où des économies substantielles pour la Sécurité Sociale. De plus, favoriser la consommation de protéines d’origine végétales permettra de développer cette économie plein essor, la France ayant d‘ores et déjà pris un retard conséquent dans ce domaine.

Un autre exemple qui est la lutte contre la maltraitance animale, puisqu’il est aujourd’hui scientifiquement établi qu’agir contre la violence faite aux animaux permet aussi d’agir contre la violence faite aux humains, ces deux violences étant intimement liées.

Pet in the City : Allez-vous présenter des candidats aux prochaines élections, notamment législatives ? Ou préférez-vous commencer par viser les élections locales ?

Isabelle Dudouet-Bercegeay : Nous présenterons des candidats aux prochaines élections législatives.

Pet in the City : Quel est le candidat, dans ceux qui se sont déclarés et ceux qui seront très probablement en lice pour la présidentielle, qui se rapprocherait le plus des idées du Parti animaliste, ou du moins que vous aimeriez soutenir parce qu’il pourrait prêter une oreille attentive à vos propositions ? Jean-Luc Mélenchon s’est par exemple beaucoup exprimé sur l’alimentation, le changement climatique, il serait logique qu’il ne soit pas insensible aux questions animales dans un sens large.

Isabelle Dudouet-Bercegeay : Nous n’avons pas prévu de nous prononcer en faveur d’un candidat à la présidentielle.

Pet in the City : En fait, dans sa démarche de représenter une thématique et un électorat sur des questions précises, le Parti Animaliste ne ressemblerait-il pas un peu à Chasse, Pêche, Nature et Traditions (CPNT), en étant bien sûr à l’exact opposé en terme de philosophie ? Ne craignez-vous pas à ce titre d’être tout aussi marginaux ?

Isabelle Dudouet-Bercegeay : CPNT est certes marginal, pour autant c’est un parti influent, notamment par ses liens avec le parti LR, dont il obtient presque tout ce qu’il souhaite en ce qui concerne la chasse par exemple. Concernant le Parti animaliste, nous pensons qu’il sera amené au contraire à se développer. En effet, si le nombre de chasseurs diminue chaque année, le nombre de Français considérant comme inacceptable l’immobilisme des décideurs politiques quant au sort réservé aux animaux dans l’hexagone, est quant à lui en hausse chaque année. Nous pensons que les propositions en faveur d’une amélioration du sort des animaux occuperont une place croissante dans les débats et décisions politiques.

Pet in the City : Ne pensez-vous pas qu’il serait intéressant pour votre parti de reprendre possession des territoires ruraux en termes de défense de la biodiversité ? Les chasseurs se présentent sans cesse comme les seuls et réels défenseurs de la nature, par opposition aux « animalistes » (et dans leur esprit le mot a une connotation péjorative) considérés comme urbains et déconnectés des réalités, ce qui est tout de même choquant.

Isabelle Dudouet-Bercegeay : Notre parti sera présent également dans les circonscriptions rurales, d’autant plus que nombre de ruraux souhaitent un partage plus équitable des espaces, notamment pendant les périodes de chasse. Sans compter les cervidés achevés dans des cours d’école, avec tout ce que cela comporte de choquant pour les personnes assistant à de telles scènes. Les chasseurs se présentent effectivement souvent comme la voix des 20 millions de ruraux, et ce alors qu’ils sont moins d’un million et ne vivent pas tous en milieu rural. Cette surreprésentation des intérêts des chasseurs s’observe également à l’Assemblée nationale : alors que moins de 2% des Français pratiquent la chasse, presque 20% des députés sont membres du Groupe d’études “chasses et territoires”, très à l’écoute des demandes des chasseurs.

Pet in the City : Il est tout à fait juste qu’il faudrait sortir les problématiques animales du champ de compétences du ministère de l’Agriculture en raison des conflits d’intérêts évidents. Ne serait-ce pas déjà un progrès de les rattacher au ministère de l’Environnement ? J’imagine bien que la volonté de créer un ministère de plein exercice éviterait tout conflit d’intérêt, car il peut y en avoir aussi au sein du ministère de l’Environnement (bien qu’idéalement, il ne devrait pas y en avoir… mais c’est un autre débat!). Le ministère de la Protection animale reprendrait-il l’intégralité du programme que vous proposez ? Si c’est le cas, ne pensez-vous pas irréaliste d’imaginer qu’un gouvernement, quel qu’il soit, le mette en place tel quel, justement parce qu’il « poserait problème » à d’autres ministères ?
Ce qui m’amène à cette question : repenser les relations entre les animaux et les humains est avant tout une question de vision et d’évolution de la société. Ne pensez-vous donc pas qu’il serait judicieux de porter plutôt un vaste projet de société pour que les questions animales soient prises réellement au sérieux, sans pour autant qu’elles soient diluées ?

Isabelle Dudouet-Bercegeay : Intégrer la protection animale au ministère de l’Environnement ou à tout autre ministère ne nous semble pas judicieux, car la question animale est transversale et concerne en réalité beaucoup de domaines : expérimentation animale, cirques, etc.. C’est pourquoi un ministère totalement dédié nous semble le plus pertinent. De plus, comme vous l’évoquez, il y a des conflits d’intérêts consubstantiels au fait que des ministères soient à la fois en charge de défendre les intérêts des animaux et de défendre les intérêts des personnes qui tirent revenu de l’exploitation de ces animaux.

Nous avons opté pour un parti monothématique, c’est-à-dire exclusivement centré sur la question animale pour lui donner plus de visibilité et de montrer qu’il y a bien un électorat pour qui c’est une des priorités. Plus généralement, rappelons que, d’après un récent sondage Eurobaromètre, 88% des Français interrogés estiment que le bien-être des animaux devrait être mieux protégé qu’il ne l’est actuellement. Un projet de société ne peut être considéré comme complet s’il n’inclut pas une place à la question animale à la mesure de son importance et de l’attente des citoyens. Nous considérons comme judicieux de contribuer à cette prise de conscience.

Pet in the City : Sur l’élevage en particulier, vos propositions reprennent beaucoup les idées du CIWF (interdiction des mutilations, amélioration des conditions d’élevage, structure des filières etc). Sur les questions d’abattage, comment vous positionnez-vous sur l’abattage mobile ou l’abattage à la ferme, qui est légal en Suisse, en Autriche et en Allemagne, ainsi qu’en Suède et qui séduit de plus en plus d’éleveurs en France ?

Isabelle Dudouet-Bercegeay : Concernant l’abattage, notre programme demande notamment qu’il ait lieu avec un étourdissement préalable. Nous demandons également une limitation des durées  de transports des animaux.

Pet in the City : Votre position sur l’élevage semble ambigüe, car d’un côté vous proposez d’améliorer les conditions d’élevage, tout en souhaitant inciter les éleveurs à se reconvertir dans l’agriculture végétale. Pourquoi cette dernière proposition ? A moins qu’une exploitation ne cesse son activité pour des raisons financières, et oblige son propriétaire à se reconvertir, qu’est-ce qui pourrait pousser un éleveur à changer de métier ?

Isabelle Dudouet-Bercegeay : Dans notre programme nous projetons de fixer un objectif de diminution de la consommation de produits d’origine animale de 25% d’ici 2025. Dans cette optique, nous proposons d’accompagner la reconversion des éleveurs afin de répondre à cette future demande de plats à base de protéines d’origine végétale. La France comptait 6,3 millions d’agriculteurs en 1955. Pour différentes raisons, ils sont 10 fois moins nombreux aujourd’hui, même si la production, notamment de viande, a considérablement augmenté.  Non seulement le modèle alimentaire et agricole français actuel ne répond pas aux urgences éthiques, environnementales, climatiques, alimentaires… mondiales mais il ne garantit aucun avenir pour les agriculteurs de France. Il est impératif d’anticiper cette transition pour mieux accompagner les agriculteurs.

Pet in the City : Une partie des co-fondateurs du parti a déjà eu (ou a toujours) une expérience militante au sein d’associations connues de défense des animaux. Quelles sont les associations concernées ?

Isabelle Dudouet-Bercegeay : Il s’agit d’associations de protection d’animaux de compagnie, d’animaux sauvages (terrestres et marins), et des animaux d’élevage.

Pet in the City : A ce jour, combien avez-vous d’adhérents et êtes-vous optimistes sur le succès du parti dans l’opinion ?

Isabelle Dudouet-Bercegeay : Depuis son lancement officiel, en une quinzaine de jours, le Parti animaliste a reçu plusieurs centaines de demandes d’adhésions, et plus de 11 000 personnes suivent déjà sa  page Facebook. Sans compter les nombreux témoignages de personnes déclarant vouloir voter pour le Parti animaliste…Nous espérons donc raisonnablement que le Parti animaliste pourra apporter sa contribution à la prise en compte de la question animale dans le champ politique.

Plus d’informations

Site Internet du Parti animaliste : https://parti-animaliste.fr/

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5 Responses

  1. Andrew LINSEY est l’auteur d’un ouvrage démontrant le rapport entre les violences commises sur les animaux conduisant à en commettre ensuite sur les humains. Le lien a été traduit et publié par l’association One-Voice.
    Dans un premier temps, le CNPA Belge a réussi à faire transférer la tutelle ministérielle sur les animaux de l’Agriculture (juge et partie) à la Santé.
    On ne peut que regretter qu’un membre du Parti Animaliste, l’OABA, ait refusé le concours de Vigilance- Hallal, qui est présidée par un vétérinaire diplômé.

    1. Nous nous devons de répondre à cet internaute CORIOLAN pour ses affirmations erronées.
      L’OABA n’est pas membre du Parti Animaliste, mais simplement attentif à cette démarche.
      L’OABA n’a pas émis d’avis sur une quelconque association et n’a pas vocation à accepter ou refuser une association au sein de ce Parti Animaliste qui est libre de choisir ses partenaires

  2. OABA

    Nous nous devons de répondre à cet internaute CORIOLAN pour ses affirmations erronées.
    L’OABA n’est pas membre du Parti Animaliste, mais simplement attentif à cette démarche.
    L’OABA n’a pas émis d’avis sur une quelconque association et n’a pas vocation à accepter ou refuser une association au sein de ce Parti Animaliste qui est libre de choisir ses partenaires

    1. @Coriolan

      J’ai bien noté qu’OABA n’a émis aucune réserve à l’encontre de V-H, et je la prie de bien vouloir accepter mes excuses pour cette confusion, la porte-parole du PA ayant soulevée cette objection à propos d’un parti politique pro-animalier susceptible d’être soutenu. Je présume que cette réserve sur l’orientation démocratique discutable de ce parti, concernait le FN et son collectif animalier Belaud-Argos.

      Par contre, je suis heureux de constater qu’OABA est bien membre du Collectif Animal Politique, aux côtés de vingt-cinq autres associations, avec son Manifeste contenant trente propositions sur six thématiques présenté lors de la conférence de presse inaugurale du 22 novembre 2016. Une synergie avec le PA étant certainement envisagée, avec un élargissement progressif à d’autres participants.

      J’espère que le malentendu que j’ai introduit est dissipé grâce à la mise au point d’OABA et à mes explications sur cette erreur d’interprétation regrettable ayant conduit à ce quiproquo.

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