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Aimer les vieux animaux, jusqu’au bout
18 janvier 2017
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Aimer les vieux animaux, jusqu’au bout

Après des années de compagnie affectueuse, d’aventures, de voyages, il arrive un jour où, fatalement, nos animaux vieillissent. Comme nous d’ailleurs. Mais, malheureusement, bien plus vite que nous. C’est la vie, et nous devons nous y faire. Certains d’entre nous arrivent à soutenir leurs animaux vieillissants jusqu’au bout, en les gardant avec eux. Ils ont le temps pour cela, les moyens financiers, humains, la patience et le courage aussi, car il en faut souvent beaucoup.

Mais toutes les vies ne se ressemblent pas, loin s’en faut. Parfois, gérer un animal qui vieillit, qui n’a plus ses réflexes, même les plus essentiels, peut s’avérer extrêmement douloureux, voire insupportable. Quelles solutions restent-ils pour les propriétaires désemparés ? La vieillesse n’est pas une maladie, pourtant certains propriétaires désemparés choisiront de faire euthanasier leur animal.

C’est là que le refuge Aide aux Vieux Animaux peut intervenir. Ce refuge situé en Normandie est depuis fort longtemps, depuis l’époque où il s’appelait « Assistance aux Vieux Animaux », un lieu unique dédié à l’accueil des animaux les plus fragiles et vulnérables. De ceux qu’on ne veut plus, ou dont on doit se séparer la mort dans l’âme.

Sur un espace total de 75 hectares, un lieu en particulier est leur havre de paix : la maison principale de la ferme et le bureau attenant. C’est véritablement la « maison de retraite » du refuge. C’est ici que Fanette, qui travaille à AVA depuis 7 ans, habite et s’occupe d’eux. Elle a une tendresse particulière pour ces « petits vieux », comme elle les appelle : « J’aime tous les animaux d’AVA, mais c’est vrai que j’aime plus particulièrement m’occuper de ceux-là. Ils me touchent davantage, car ils sont au bout et s’ils sont chez nous, c’est que pour une raison ou une autre, leur maître a dû s’en séparer, et donc briser un lien parfois très ancien. Et c’est terrible, pour tout le monde. C’est terrible pour les maîtres d’être confrontés au fait qu’ils ne peuvent pas accompagner leur animal dans la vieillesse, et c’est terrible aussi pour l’animal, car il perd tous ses repères dans un moment de vulnérabilité totale. Je pense qu’il faut alors les aider d’autant plus, et ils méritent qu’on respecte leur vieillesse, autant que la vieillesse humaine. Un vieil animal n’a pas fini de vivre lorsqu’il devient incontinent ou paralysé ou sénile, il a juste encore plus besoin de nous. »

ava refuge aide aux vieux animaux thierry bedossa clinique vétérinaire du pont de neuilly

Togo et Taïga sur leur dodo, dans la « maison des petits vieux » (crédit : DR)

L’accueil de ces animaux peut se faire de plusieurs façons. La plupart du temps, les propriétaires appellent directement le refuge, après une recherche sur Internet. D’autres sont envoyés par Thierry Bedossa, vétérinaire et directeur du refuge depuis 2003. Il prend aussi le parti d’envoyer dans cette maison de retraite certains de ses vieux patients, qu’il soigne dans ses cliniques parisiennes. L’équipe du refuge s’entretient toujours très longuement avec les propriétaires, afin d’évaluer si l’animal sera bien au refuge et s’il pourra s’y épanouir. Son état de santé détermine également le lieu qui l’accueillera : un autre bâtiment accueille ainsi les chiens, certes vieux, qui sont encore autonomes et en forme. Lorsque de très vieux chiens sont proposés, des examens médicaux, opérés par Thierry ou l’un des vétérinaires locaux, précèdent toujours le moindre accord d’accueil. « Il faut bien prendre en compte que le changement d’environnement pour un chien déjà vieux et affaibli peut être très stressant, donc renforcer des pathologies latentes ou existantes », souligne Fanette. « C’est toujours délicat de gérer la détresse des gens dans ces moments-là, et il faut aussi prendre une certaine distance pour les aider au mieux. Il faut souvent les déculpabiliser, et essayer de trouver avec eux la meilleure solution pour leur animal. »

Car le placement peut parfois être la meilleure solution pour un animal, qui ne trouve plus dans son foyer les conditions idéales pour bien finir sa vie. Ainsi Uoki, un petit westie de 15 ans. Sa maîtresse était tellement dépressive que cela l’avait atteint au point d’affecter gravement sa santé… Trois heures après son placement à AVA et le départ de sa maîtresse, Uoki marchait bien, mangeait bien.. Tout allait mieux ! Il partage donc sa vie avec plusieurs autres compagnons, dans une petite maison aux tomettes rouges, remplie de dodos confortables et d’attentions d’humains bienveillants.

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Uoki, 15 ans (crédit : DR)

En aucun cas, il ne conviendrait de stigmatiser les propriétaires. Là-dessus, Fanette est formelle : « Les situations sont tellement différentes et les cas tellement particuliers… Parfois, on sait effectivement tout de suite que l’animal a juste besoin de sortir de son environnement familier pour aller mieux. Il y a aussi des personnes qui aiment tellement leur animal que leur amour est palpable rien qu’au téléphone, mais ils sont juste dépassés, ou étouffés par la vie et n’y arrivent plus. Dans ces cas-là, nous essayons de les aider au mieux, et nous ne prenons l’animal chez nous seulement si nous pensons, d’un commun accord avec les propriétaires, qu’il sera bien chez nous. Autrement, cela serait terrible pour tout le monde. Il y a enfin des gens tout simplement un peu perdus face à la « nouveauté » que constitue la vieillesse de leur animal, qui ont besoin de quelques conseils et d’être rassurés. Certes, ils peuvent, par fatigue, par désespoir, songer à l’euthanasie, parce qu’ils n’en peuvent plus des pipis et des cacas partout… Mais ils ont souvent juste besoin de réconfort, car ils peuvent encore gérer. Et étrangement, ce n’est pas forcément un vétérinaire qui sera le mieux à même de les aider. Quand notre animal vieillit, on se pose tous des questions. Il ne faut vraiment pas hésiter à demander conseil à des professionnels. Le plus difficile est de réussir à aimer « objectivement » son animal, si je puis dire, c’est-à-dire être capable d’évaluer son bien-être, ce qu’on est capable encore de lui apporter, et si l’on constate qu’on n’a plus la force de l’accompagner, lui trouver une fin de vie qui lui conviendra. »

Organisation d’une maison de retraite

La gestion d’un tel service est forcément complexe et lourd à assurer. Chaque jour, l’équipe du refuge établit un compte rendu envoyé aux équipes vétérinaires des cliniques du Pont de Neuilly et de Championnet, afin d’avoir un suivi précis des évolutions des traitements en cours et de la mise en place de nouveaux traitements. Photos et vidéos les accompagnent, afin de permettre à l’équipe d’AVA de faire les soins plus rapidement après avis des vétérinaires. Pour les urgences, les animaux sont pris en charge par une clinique proche du refuge. Les docteurs Claire Frey et Antoine Bouvresse assurent des visites régulières et enfin, si nécessaire, Thierry Bedossa peut demander qu’un animal soit confié à l’équipe du Pont de Neuilly pour une hospitalisation ou une surveillance plus médicale.

Si beaucoup d’analyses, examens et opérations chirurgicales sont donc faits gracieusement à la clinique du Pont de Neuilly, les médicaments et compléments restent à la charge du refuge. C’est là que les dons et les parrainages d’animaux entrent en jeu. Pour certains animaux qui ont des besoins spécifiques, comme Dagobert, un labrador paralysé qui ne peut plus marcher ou sortir sans assistance humaine, les parrains et marraines constituent un réel soutien. Néanmoins, la règle du refuge est claire : la mission de l’équipe est d’offrir une belle vie, ou fin de vie, à tous ces animaux, mais en aucun cas de faire de l’acharnement thérapeutique. Savoir prendre la distance nécessaire pour évaluer le niveau de bien-être de l’animal reste indispensable. Si les soigneurs sentent qu’un animal est arrivé au bout de sa vie, et qu’il risque de souffrir, tant psychiquement que physiquement, ils envisageront de l’aider à partir. La gestion de ses émotions devient alors la plus grande qualité demandée aux membres de l’équipe : « Dès le début, nous avons dans quoi nous nous embarquons, et pourquoi on le fait. On doit être capables de gérer cela, humainement parlant. On aime profondément tous nos petits vieux, et on sait que nous sommes là pour les accompagner jusqu’au bout. En vertu de ce respect qu’on leur doit, on arrive à leur offrir le meilleur, en les entourant d’amour et d’attention, et nous sommes lucides : nous n’échapperons pas à la douleur et à la tristesse de les voir partir, mais notre chance, c’est de les aimer jusqu’au bout, quand leurs maîtres ne pouvaient pas le faire », assure Fanette.

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Ilya toujours attentive ! (crédit : DR)

Maud, qui travaille à AVA depuis 6 ans, se souvient d’ailleurs de sa première nuit sur place comme d’un moment très symbolique de l’esprit de l’équipe : « C’était trois jours à peine après la signature de mon contrat comme soigneur animalier. Le feeling était tout de suite passé avec Fanette. J’avais accepté de commencer tout de suite, mais le temps de me trouver un logement, Fanette m’a proposé d’utiliser la chambre d’amis à l’étage de la maison des petits vieux. Vers 2h du matin, j’entendis un chien qui remuait beaucoup au rez-de-chaussée. Je suis descendue pour voir, en tâchant de ne pas réveiller Fanette qui dormait à côté… et je suis finalement tombée sur elle, en train de faire exactement la même chose ! Une chienne, Marinette, était en train de faire un AVC. Fanette m’a demandé de la calmer le temps qu’elle appelle la clinique. Je me sentais démunie face à cette situation que je n’avais jamais vécue auparavant. A son retour, Fanette a pris le temps de tout m’expliquer (les symptômes, la prise en charge, les données à récolter et à transmettre au vétérinaire dans ce type d’urgence…), elle s’est occupée des soins de Marinette, conseillés par le vétérinaire de garde, et m’a énormément rassurée. Une fois la chienne apaisée et après avoir « sécurisé » son lieu de couchage pour finir sa nuit, nous sommes remontées finir la nôtre. 

Je n’ai presque pas dormi durant les deux heures qu’il nous restait. J’étais dans mes pensées, et je me disais que j’allais être heureuse à AVA : je n’avais jamais rencontré un refuge où le personnel était aussi dévoué aux animaux. Fanette m’a juste « éblouie » cette nuit-là, de part sa dévotion, son empathie, son calme et son self-control, ses attentions envers nos protégés, mais aussi envers moi. »

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Marinette (crédit : DR)

A l’heure actuelle, il semblerait bien qu’AVA soit le seul et unique refuge en France à offrir une telle alternative à l’euthanasie. Et une telle abnégation de la part de son équipe nous interroge nécessairement sur notre rapport à la vieillesse, et à la mort, qui n’est pas propre à notre relation avec nos animaux. N’avons-nous pas les mêmes problématiques avec nos aïeux ? Là encore, les réactions diffèrent selon les caractères, et les situations personnelles. « Il faut d’abord considérer l’animal comme un être vivant à part entière, afin de voir qu’il mérite et peut vivre une vraie fin de vie dans le respect et la dignité. Ceux qui comprennent cela, mais malheureusement ne peuvent pas l’offrir eux-mêmes à leur animal, font la démarche de trouver des alternatives, comme la nôtre. D’autres non. Ils arrêtent bien souvent quand cette vieillesse devient trop « gênante » pour eux, ils ne voient plus l’animal en tant qu’être, uniquement les problèmes qu’il engendre.

Par contre, lorsque nous aidons un animal en souffrance, ou dans un état de sénilité tellement avancé qu’il ne profite vraiment plus de rien, à partir, c’est une réelle délivrance, et je pense que ça le serait aussi pour certains humains. Nos animaux qui sont arrivés au bout, et que nous décidons d’endormir pour qu’ils partent dignement, sont toujours entourés de quatre ou cinq personnes qui leur parlent, les caressent, les embrassent, jusqu’à leur dernier souffle, et à chaque fois je pense que peu d’humains ont la chance de partir comme ça, entourés des gens qui les aiment. »

Plus d’informations

Vous souhaitez adopter, parrainer un animal, faire un don régulier ? Rendez-vous sur le site officiel d’AVA : www.avarefuge76.com

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2 Responses

  1. Peiroux

    Je connais AVA et donc bien sur Fanette par leur pension K6 ou ma labrador va regulierement passer des vacances …
    j’ai eu plusieurs fois Fanette au tel ,surtout les 2 fois ou elle a eu mon chat diabetique( et la deuxieme fois elle l’a meme pris chez elle…)
    c’est une bonne personne qui prend a coeur le bien etre de ses pensionnaires…
    je soutiens a fond cette association !!

  2. Bonjour,
    Je suis extrêmement touchée par votre article et votre compassion pour nos compagnons vieillissants.
    J’espère, je prie pour garder mon golden jusqu’au bout. Sinon cela serait équivalent à un abandon pour moi. Merci pour vos qualités de soins et humaines pour nos amis ❤️. Bien sincèrement.
    Rosemonde Alivesi

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