Comment améliorer la qualité de vie des animaux en fin de vie ?

A mesure que le lien homme-animal s’est accentué pour devenir un véritable lien affectif, les propriétaires ont eu de plus en plus d’exigences envers les vétérinaires pour qu’ils améliorent la qualité de vie de leurs compagnons une fois âgés. Cela concerne entre autre la prévention et le soulagement de la douleur animale. C’est même une obligation professionnelle, et un mauvais diagnostic peut être perçu comme une faute. Ce besoin de qualité de vie est particulièrement ressenti dans les familles qui s’occupent d’animaux âgés ou très malades, notamment les animaux atteints de cancers. Les vétérinaires doivent proposer des solutions palliatives, ou des soins dans des « pawspice » (cliniques vétérinaires spécialisées dans le traitement et les soins d’animaux domestiques en phase terminale). Cela demande de la patience, de la douceur, beaucoup plus que pour les « patients » ordinaires. A ce jour, il y a peu d’études cliniques sur l’amélioration de la qualité de vie pour les animaux en fin de vie. Mais cette étude fournit quelques pistes d’exploration, basées sur les expériences personnelles de vétérinaires ayant accompagnés des animaux en phase terminale. De plus, elle propose une « échelle » permettant à chacun, du propriétaire au vétérinaire, de juger quelles sont ses compétences pour pouvoir soigner l’animal. En effet, les familles sont parfois dans le déni face à des situations graves. A l’inverse, ces derniers peuvent être dépassés par les soins à prodiguer malgré toute leur bonne volonté, et avoir besoin d’un professionnel pour les relayer.

Pour améliorer simplement et efficacement la vie d’un animal malade, plusieurs critères sont proposés : « hurt, hunger, hydratation, hygiene, happiness, mobility, and more good days than bad days ». L’acronyme formé HHHHHHMM est facilement mémorisable pour que le vétérinaire puisse l’expliquer aux propriétaires.

L’échelle HHHHHHMM

Comment savoir quelles conditions commencent à altérer la qualité de vie d’un animal ? La plupart des animaux atteints d’une pathologie lourde connaissent souvent des affections subsidiaires telles qu’obésité, arthrose ou organes déficients. Et quand les soins propres au traitement du cancer affaiblissent l’animal plus qu’ils ne l’aident, quand décider de les stopper ? Qui prend la décision ? Souvent, les propriétaires posent la question au vétérinaire : « Quand sera-t-il nécessaire de l’euthanasier ? Comment le savoir ? »

Selon les espèces, les animaux ont certains besoins et désirs qui doivent être pris en compte par leurs soignants. Développés en Grande-Bretagne, les « 5 libertés du bien-être animal » comptent ainsi : être libre de la faim et de la soif, libre de l’inconfort, libre de la douleur, de la maladie ou d’être blessé, libre d’exprimer un comportement normal, libre de la peur et du stress. Elles ont été développées pour le traitement des animaux de ferme, mais elles peuvent parfaitement s’appliquer aux animaux domestiques. Si les propriétaires ou les soignants sont à même de satisfaire tous ces critères, alors il est justifié de maintenir un animal en vie malgré son état de santé déclinant. Mais comment déterminer objectivement ce qui est satisfaisant pour l’animal ?

L’échelle proposée ci-dessus est un bon guide afin de maintenir une qualité de vie à l’animal et préserver le lien qu’il entretient avec son maître. Pour l’équipe vétérinaire, c’est une excellente base de travail pour déterminer les besoins de l’animal, et surtout pour en faire part au propriétaire de façon délicate. Résumer la situation d’un « nous voulons vous aider à ce que votre animal passe plus de bons jours de que mauvais » est une formule attentionnée qui sera bien accueillie.

L’équipe pourra alors apprendre au maître comment assurer une bonne alimentation et hydratation ; comment faire des pansements, comment bien placer le corps de l’animal pour faciliter les soins.

Identifier les besoins et proposer les bonnes solutions

Les besoins les plus importants à identifier concernent une bonne alimentation et la détection de tout signe de dépression ou de frustration chez l’animal. L’équipe vétérinaire doit pouvoir juger si les propriétaires pourront correctement administrer les médicaments, prodiguer les soins nécessaires à l’animal, lui permettant ainsi d’améliorer sa qualité de vie. Est-ce dans l’intérêt de l’animal d’être chez lui, avec ses habitudes et son environnement familier, ou au contraire de rester à la clinique ? Certains animaux atteints de pathologies très lourdes ne peuvent pas rester dans leur foyer pour des questions logistiques, mais autant que possible, on privilégie le maintien à domicile.

Contre la douleur : techniques palliatives

Pour diminuer la douleur, il faut d’abord l’identifier. Mais ce peut être parfois laborieux, les observations du propriétaire étant insuffisantes, imprécises. L’équipe vétérinaire doit faire son maximum pour poser le plus de questions pertinentes possibles afin d’identifier les causes de la douleur de l’animal. Elle doit aussi apprendre au maître quels sont les signes de douleur évidents, en matière respiratoire par exemple. Chez les chats, trouver la source de la douleur est souvent plus difficile. Il faut alors observer la mobilité et les changements de comportement.

Pour contrer la douleur, une combinaison de thérapies pharmaceutiques avec des médecines complémentaires comme l’acupuncture, la chiropractie peut être efficace.

Contre la faim : éviter l’anorexie et l’alimentation pauvre

Contrôler le poids de l’animal est capital. Malnutrition, perte de poids se développent vite si les maîtres sont mal informés des besoins caloriques de leur animal. L’équipe soignante doit faire part au maître des solutions existantes pour lutter contre, par exemple, l’anorexie féline (avec des tubes de nourrissage). D’une façon générale, pour que la qualité de vie de l’animal s’en ressente, il faut privilégier une alimentation saine et équilibrée, car en raison de son âge et/ou de sa maladie, les carences immunitaires sont grandes, et il faut les compenser. Contrôler le poids de l’animal lui évite diabète, obésité et autres infections.

Maintenir une bonne hygiène

Quand les animaux, notamment les chats, souffrent de cancers oraux, la toilette devient un effort impossible pour eux, ce qui les démoralise. De plus, ces cancers ont des manifestations olfactives et visuelles souvent gênantes pour les membres de la famille. Il existe des médicaments atténuant l’odeur. Et les maîtres devront faire la toilette de leur animal eux-mêmes, en trempant une éponge dans du jus de citron dilué pour nettoyer la fourrure du chat par exemple. Les chiens apprécient aussi le nettoyage facial.

En cas de plaie vive, il peut être nécessaire de faire des pansements élaborés. L’équipe vétérinaire devra apprendre au maître l’usage des sprays et solutions désinfectantes douces pour éviter d’irriter les chairs, ainsi que l’usage de bandages humides. Les plaies malignes sont plus difficiles à traiter, mais certaines répondent bien aux rayons ; d’autres nécessiteront une surveillance constante. Enfin, des protections pour les bandages éviteront que les animaux s’auto-mutilent.

Générer du bien-être

Le bien-être fait évidemment partie de la qualité de vie, et allonge considérablement la durée de vie. Faire jouer l’animal est une façon simple de lui prodiguer une sensation de bien-être. Il faut que les maîtres créent de tels moments privilégiés avec leur animal. Etre caressé, entendre qu’on lui parle, jouer avec son maître sont autant de raisons pour un animal de se dire que la vie vaut la peine d’être encore vécue ! Que les maîtres se posent ces questions : l’animal semble t-il heureux ? Est-il intéressé par la vie de famille ? A t-il l’air déprimé, anxieux, seul, ou apeuré ? Peut-être faut-il parfois simplement rapprocher son couchage des lieux les plus fréquentés par la famille dans la maison.

La mobilité : un critère variable

Elle dépend en effet du poids et de l’espèce. Les chats et les petits chiens ont moins besoin de soutien concernant leur mobilité que les grandes races de chiens qui ont besoin de beaucoup d’exercice. La solution est différente pour chacun. A ce sujet, des idées reçues nécessitent d’être combattues. Beaucoup de propriétaires préfèrent l’euthanasie à l’amputation, par exemple, alors qu’il est avéré que de nombreux animaux vivent très bien la perte d’un membre. Néanmoins, soigner de grands animaux contraints à l’immobilité peut être impossible pour un propriétaire, à son grand désespoir. Si le chien est trop lourd, comment le soulever et le transporter à la clinique pour son suivi ? Peut-être qu’un harnais spécial, ou un chariot peuvent aider ? Il existe aujourd’hui de multiples accessoires pouvant aider les propriétaires, et tout cela devra être étudié avec l’équipe vétérinaire.

Plus de bons jours que de mauvais

Si un animal en phase terminal connaît 3 à 5 mauvais jours sur 7, la qualité de vie est trop compromise pour que les soins soient maintenus. Lorsqu’il n’est plus possible d’assurer à l’animal une vie joyeuse, il est temps de céder… La décision finale doit être prise, quand la douleur devient omniprésente. Pour que l’euthanasie se fasse en douceur, on peut administrer de puissants sédatifs, afin que l’acte puisse être fait à la maison, ou en clinique, selon le souhait du maître.

Ne jamais laisser un animal souffrir jusqu’à la mort

En raison de croyances religieuses, culturelles ou personnelles, certains maîtres et même vétérinaires préfèrent la mort naturelle à une mort assistée. Quand une équipe vétérinaire se heurte à ce genre de point de vue éthique chez un propriétaire, c’est un crève-coeur de devoir se résigner à laisser souffrir un animal jusqu’à ce que la mort le délivre de la douleur. Lorsque c’est le vétérinaire lui-même qui pense ainsi, il peut influencer la décision du propriétaire. Il se peut qu’ils soient sincèrement préoccupés de ce que souhaite le patient. Mais ils ne se rendent souvent pas compte à quel point ils manipulent inconsciemment en les empêchant d’abréger les souffrances de leur animal.

Quand un animal peut mourir chez lui, sans douleur et de façon paisible, c’est une grande chance. Cette fin est idéale, et est possible lorsque l’équipe vétérinaire a établi un contrôle de la douleur et un service d’euthanasie à domicile. Tous les animaux n’ont pas cette chance. Beaucoup d’entre eux ont une agonie longue et pénible, des problèmes respiratoires, ce qui n’est pas une façon naturelle de mourir pour eux. Dans la nature, les animaux affaiblis deviennent des proies pour les prédateurs. Ils n’ont pas le temps de vivre une longue agonie douloureuse jusqu’à la mort. Etre témoin d’une telle expérience peut être extrêmement traumatisant pour une famille, qui trouvera indigne d’avoir laissé souffrir son compagnon ainsi sans lui proposer une solution douce. Si les maîtres préfèrent tout de même une mort naturelle, il faut alors leur proposer la médication adéquate, les renseigner sur l’échelle HHHHHHMM, et surtout leur indiquer quels sont les contacts à appeler 24h/24 et 7j/7 en cas de nécessité…

Le soutien émotionnel des familles

La plupart des maîtres qui veulent améliorer la qualité de vie de leur compagnon en fin de vie sont naturellement très attachées à lui. Lorsque sa vie est menacée, sa santé atteinte, le stress est une conséquence normale. Anxiété, chagrin, inquiétude, peur, et le sentiment d’être inutile sont des émotions que les équipes vétérinaires rencontrent souvent. Pour compléter le tout, la crise financière a souvent rendu impossible pour un grand nombre de familles la possibilité de fournir les soins nécessaires à leur animal. Les équipes vétérinaires devront manier un peu de psychologie pour aider du mieux possible les maîtres, et savoir identifier leur état émotionnel. Évidemment, la reconnaissance et le respect du lien homme/animal est primordial. Des maîtres frappés par le chagrin ont surtout besoin d’empathie et de réconfort.