On a testé le Café des Chats

Au Café des chats, on vous reçoit comme un chien dans un jeu de quilles. Au-delà du jeu de mots, c’est la triste réalité. Depuis l’ouverture de ce « Neko-café » à la française le 21 septembre, l’engouement médiatique et populaire est tel que la patronne, Margaux Gandelon, est obligé de refuser du monde. Pour vous donner une idée : en une semaine, ce sont plus de 5000 personnes qui doivent tourner les talons sans avoir le plaisir de manger au milieu des 12 chats de la maisonnée, située rue Michel Lecomte dans le Marais, à Paris. C’est évidemment une excellente chose pour les chats. Mais quand la qualité du service (puisque cela reste avant tout un lieu de consommation) pâtit d’un succès mal maîtrisé, la note décroît sensiblement.

Heureusement qu’on avait réservé une table pour moi, sans quoi, moi aussi je serais sans doute repartie du Café des Chats la queue entre les jambes, comme ces touristes espagnoles déçues de ne pas avoir pu siroter leur thé en papouillant un chat. Ah, mais de toute façon, papouilles interdites. C’est l’une des multiples règles rappelées par Augustine, la collaboratrice de Margaux Gandelon : « Il ne faut surtout pas nourrir les chats, ne pas les déranger quand ils dorment, ne pas aller les chercher ou les prendre aux  bras« , explique t-elle aux clients suivants qui, eux, savaient qu’il fallait réserver (une semaine à l’avance pour venir en semaine, 3 semaines à l’avance pour venir le weekend). Après s’être désinfecté les mains, nous passons le sas et entrons dans la première salle à manger.

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Café des chats : salle à manger

Contre une petite vitre qui sépare la salle à manger de l’entrée, Khaleesi, Saah et ses deux bébés Berlioz et Lovely, dorment comme des Jésus dans les paniers d’un arbre à chat. Ils sont installés entre deux tablées de clients, émerveillés de leurs poses lascives comme s’ils n’avaient jamais vu de chats. C’est peut-être le plus amusant, ou le plus émouvant : mettez des animaux dans un lieu d’ordinaire exclusivement humain, et vous verrez n’importe qui retomber en enfance comme par magie.

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Tranquille les chats !

Il y a du monde, mais cela reste vivable. Pas d’affluence qui pourrait rendre les chats hystériques… En revanche, force est de constater que si les petites bêtes affichent un calme olympien, ce n’est pas le cas des serveuses… « Ne touchez pas les chats s’il vous plaît » rappelle l’une, visiblement pour la 10ème fois ; « Pardon!! » insiste la seconde, les mains chargées d’assiettes, à l’attention d’un client malencontreusement dans le passage… Infantilisés par la présence des petits félins, il faut dire que de nombreux clients (et pas toujours les vrais enfants, dont le nombre est toujours volontairement limité par l’équipe) passent outre les règles établies pour répondre au besoin pressant de caresser une belle fourrure. Ce qui, à la longue, pourrait avoir un effet délétère sur les chats. Les serveuses sont avant tout les gardiennes de leur bien-être, ce qui est tout à leur honneur… mais le service en pâtit largement.

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Des chats parmi les hommes…ou l’inverse ?

Qu’on ne s’y trompe pas : ce n’est en aucun cas l’obligation de respecter les règles de vie vis-à-vis des chats qui rend l’atmosphère pesante (ni même la petite odeur d’urine, difficile à dissimuler surtout dans la salle du sous-sol, cave voûtée pleine de charme, d’alcôves… mais sans ouverture vers l’extérieur). C’est bien la sensation que les filles sont débordées, au bord des nerfs et donc parfois très expéditives avec les clients, ce que certains apprécient très mal, et on les comprend.

Les chats, rois fainéants et heureux

Finalement, et c’est plutôt positif, les plus calmes et satisfaits semblent être… les chats. D’après ce que j’ai pu observer, aucun signe de stress, d’agressivité notoire, nous avions là douze chats joueurs, ou dormeurs, curieux des clients et très gentils. Tous viennent d’associations et ont été choisis pour leur sociabilité avec leurs congénères et les êtres humains, leur « jeunesse » (ils ont tous moins de 5 ans afin d’être assurés et mutualisés). Tous sont castrés ou stérilisés, et leur vétérinaire, le docteur Ghelfi de la clinique de l’Horloge, se trouve à deux rues du Café et vient les voir une fois par semaine. Les premiers temps, les filles du Café dormaient avec eux, sur place, pour qu’ils s’acclimatent à leur nouvel environnement. Largement pourvu en cachettes et spacieux, il leur est vraisemblablement adapté.

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C’est l’heure de la sieste….

On comprend qu’au début il y ait un temps nécessaire au rodage, à l’organisation, à l’adaptation de l’espace aux clients, aux animaux, des accessoires à rajouter. Mais se pose alors la question de savoir si l’idée d’associer café à la française et chats en liberté au milieu des clients est viable à long terme : « Les chats semblent bien le vivre pour l’instant, ils n’ont aucun problème de comportement, mais nous ne savons pas s’ils encaissent jusqu’au jour où ils vont péter un plomb, ou si des troubles vont apparaître petit à petit… Nous sommes incapables de le savoir« , avoue Augustine.

Les chats peuvent aussi, tout bonnement, parfaitement s’adapter à leur environnement ! Pour mieux juger de leur évolution (et pourquoi pas des serveuses), une seule solution : y retourner. Ah mais merde, il faut que je pense déjà à réserver…

Plus d’informations

Le site Internet du Café : http://www.lecafedeschats.fr/