Du loup au chien : la remontée dans le temps est encore longue

D’où viennent les chiens ? Cette question pas si simple est actuellement l’objet d’un débat entre scientifiques.

En mai dernier, une équipe de chercheurs a publié une étude affirmant que ce serait en Asie du Sud-est que les chiens seraient devenus une espèce à part entière issue du loup. Aujourd’hui, un autre groupe de chercheurs annonce cette fois que le berceau de l’espèce canine se situerait plutôt en Europe.

Même si on n’aime pas les chiens plus que ça, la controverse reste passionnante. Elle met en lumière toutes les difficultés auxquelles tout scientifique est confronté lorsqu’il explore l’histoire d’une espèce à travers les âges à partir de son ADN.

Les loups sont les parents les plus proches des chiens

Sur un point, les scientifiques ont toujours été d’accord : les loups sont les parents les plus proches des chiens à l’heure actuelle, leur lien de parenté étant confirmé à la fois par l’anatomie et par l’ADN. Quelque part, à un moment donné, des loups ont été domestiqués. Leur morphologie a évolué, mais surtout leur comportement. Au lieu de se déplacer en meute pour chasser, ces « loups » devenus chiens se sont rapprochés des humains. Au fur et à mesure, les humains les ont élevés, croisés, pour créer diverses races, du shar-pei au Newsfoundland. Certains fossiles, vieux de 36 000 ans semblent corroborer cette hypothèse, et la plupart d’entre eux ont été trouvés en Europe.

Dans les années 1990, les scientifiques ont commencé à utiliser de nouvelles techniques pour explorer les origines des chiens. Ils ont séquencé les ADN de chiens et de loups situés dans différentes régions du monde, pour essayer d’y trouver des points communs. Et en réalité, les ADN racontaient des histoires parfaitement différentes.

Dans une étude de 2002 par exemple, Peter Savolainen et ses collègues pensaient déjà que les chiens venaient d’Extrême-Orient. Huit ans plus tard pourtant, Robert Wayne, un généticien de l’université de Californie, et son équipe élisaient le Moyen-Orient… Savolainen et ses collègues ont continué leur étude génétique, et ont publié d’autres preuves situant l’origine des chiens plus précisément au sud de la Chine.

Aujourd’hui, ce sont des séquences génomiques entières de chiens et de loups qui sont passées au crible. En mai dernier, l’équipe de Savolainen et leurs homologues chinois ont annoncé que les chiens chinois avaient un génome extrêmement proche de celui du loup. Selon eux, les ancêtres des chiens des villages chinois et des loups se seraient séparés il y a 32 000 ans. Si cela était avéré, cela voudrait dire que les premiers chiens avaient été domestiqués, non pas par des agriculteurs, mais bien par des chasseurs-cueilleurs 20 000 ans avant la maîtrise de l’agriculture par l’homme.

Mais de son côté, Robert Wayne pense que cette affirmation est fausse. Selon lui, un chien peut parfaitement avoir des gènes communs avec le loup tout simplement parce qu’il serait croisé. Une de ses récentes études analysait les génomes de chiens et de loups à la recherche de traces anciennes de croisement. Il y avance des preuves de croisements entre chiens et loups en Asie du Sud Est, ce qui expliquerait leurs ressemblances.

Une nouvelle technique révolutionnaire va pouvoir apporter de nouveaux éléments au débat : en effet, les techniques génomiques d’aujourd’hui permettent de reconstituer quasiment en intégralité les ADN issus de fossiles. Ainsi, l’équipe de Wayne a déjà extrait l’ADN de 18 fossiles trouvés en Europe, en Russie et en Amérique du Nord. Ils les ont ensuite comparés aux gènes de 49 loups, 77 chiens et 4 coyotes.

D’après leurs conclusions, les fossiles ne seraient pas proches de loups du Moyen-Orient ou de Chine. Au contraire, ils seraient bien plus proches de loups européens. Selon l’équipe de Wayne, la domestication du loup aurait donc eu lieu en Europe à une période située entre 18 000 et 30 000 ans. A cette époque, l’Europe du Nord était couverte de glaciers tandis que l’Europe du sud était une steppe herbagée où les humains chassaient mammouths et chevaux. Il est possible que des loups se soient aventurés à leur suite pour vivre des carcasses qu’ils laissaient après leur chasse, s’isolant ainsi de leur meute d’origine.

Pour Savolainen, l’étude n’est pas scientifiquement valable car elle est géographiquement orientée. Wayne et son équipe espèrent élargir leur champ d’investigation et le nombre de fossiles à étudier tout en analysant l’ADN de chiens actuels qui pourraient leur donner des indices.