J’aime mon chien, mais mon chien m’aime t-il ?

Il existe un intérêt croissant chez les scientifiques concernant la qualité du lien maître-chien, et la façon dont cette relation peut varier d’un couple à l’autre (voir les études Hart, 1995 ; Kotrschal et al, 2009 ; Topal et al, 1998 ; Wedl et al. 2010)

La plupart de ces études se basait sur des questionnaires analysant les attitudes humaines face aux chiens, ou la corrélation entre la personnalité et la sensibilité du propriétaire et son lien affectif avec son chien. Divers types de relations ont ainsi émergés, du rapport maître-esclave au rapport parent-enfant, jusqu’à l’adoption du chien comme membre de la famille à part entière (Barker and Barker, 1988 ; Sable, 2013 ; Serpell, 1995). Les études ont également rapporté que la présence d’un animal de compagnie agit comme un soutien pour l’humain dans l’accomplissement d’une tâche stressante (Allen et al, 1991 ; Beetz et al., 2011), et même comme substitut au soutien humain et comme une source de réconfort en cas de choc émotionnel (Kurdek, 2009). Les chiens sont également considérés comme des « facilitateurs sociaux » : le propriétaire est plus confiant pour interagir socialement avec d’autres humains lorsqu’il est accompagné de son chien (Messent, 1985). Cela peut aussi être dû au fait que les chiens attirent davantage les étrangers, qui ont alors envie d’engager la conversation avec le propriétaire (Guégen and Ciccotti, 2008).

D’autres études ont montré que les maîtres donnent un sentiment de sécurité à leurs chiens et agissent comme un « écran » face au stress (Gacsi et al, 2013), ce qui peut être encore renforcé si le chien a un congénère comme compagnon à la maison (Tuber et al, 1996). Ces éléments sont la preuve d’un lien émotionnel puissant entre les chiens et les humains, lien dont la réciprocité est indéniable.

La plupart des propriétaires vivent avec leur chien pendant de longues années, permettant ainsi à une relation forte et stable de s’établir. L’anthropologie a montré que durant la formation et le maintien de relations sociales stables, le comportement de chaque individu du couple a une influence sur les interactions futures (Berscheid and Peplau, 1983), et sur la qualité de la relation (Hinde, 1976). Néanmoins, pour décrire les caractéristiques d’une relation entre deux êtres, il est important de considérer la perception de chaque individu ou son expérience des relations sociales, puisqu’elles peuvent être très différentes d’un individu à l’autre (Hinde et al, 2001). De nombreuses études éthologiques se sont intéressées aux effets de la personnalité du propriétaire sur la relation qu’il entretient avec son chien. Par exemple, des propriétaires possédant un haut degré de neuroticisme sont très attachés à leur chien (Kotrschal et al, 2009). D’autres preuves indiquent que les chiens sont plus attirés par les propriétaires à haut degré de neuroticisme (Wedl et al, 2010). Ceux-ci utilisent d’ailleurs davantage les commandes verbales et gestuelles lorsqu’ils interagissent avec leur chien (Kis et al, 2012). Point intéressant, de la même façon que dans les relations humaines fortes (Monotoya et al, 2008), le propriétaire tend à penser que sa personnalité et celle de son chat sont identiques (Turcsan et al, 2012). Néanmoins, les auteurs de la présente étude nuancent et rappellent que les caractéristiques des individus composant un couple ont rarement été évaluées dans le cadre de l’étude du lien maître-chien, sauf dans le travail de Wedl et al (2010). Il paraît néanmoins admissible qu’un chien vivant avec un propriétaire qui a une vision positive de leurs rapports aura davantage d’interactions positives avec lui, et développera une relation profonde à son maître. La présente étude cherche donc à savoir si la perception de la relation par le propriétaire peut se refléter dans le comportement de son chien.

L’étude en conclut que les propriétaires qui interagissent fréquemment avec leur chien ont alors des chiens qui cherchent davantage la proximité de l’humain et sont moins indépendants. Ces chiens pourraient avoir développé un lien affectif semblable à celui des enfants émotionnellement fragiles. A part ces éléments, l’étude n’a fourni aucune preuve montrant qu’un chien est d’autant plus attaché à son maître que celui-ci a développé une forte relation à lui, mais ces résultats ont besoin d’être confirmés dans une étude de plus grande ampleur.

Source : T. Rehn, R. Lindholm, L. Keeling, B. Forkman, « I like my dog, does my dog like me ? », in APPLAN 3812