L’homme, accélérateur de disparition d’espèces animales ?

Alors que le projet de loi sur la biodiversité revient à l’Assemblée nationale en deuxième lecture, nombreux sont les articles qui font le point sur l’état de notre biodiversité nationale. Et le bilan n’est pas flambant, si l’on en juge par l’infographie ci-dessous (que nous avons placé en bas de page pour des raisons techniques).

L’homme accélère t-il la disparition des espèces animales ? En écoutant son émotion, on pourrait être tenté de répondre positivement. Mais des scientifiques ont souhaité y apporter une réponse plus étayée. L’équipe du chercheur Jurrian de Vos, de l’université de Brown (Etats-Unis), estime ainsi que le taux d’extinctions serait aujourd’hui 1000 fois plus important que pendant les 60 millions d’années précédant l’apparition de l’humanité sur Terre. C’est 10 fois plus depuis la dernière estimation, qui chiffrait ce taux à 100. L’étude a été publiée dans le journal Conservation Biology, et le constat est donc pire que prévu…

Pour les auteurs, ce taux d’extinction des espèces est l’une des mesures clés de l’impact global de l’être humain sur son environnement.  Pour Jurrian de Vos, « ces données soulignent avec force l’urgence de conserver les espèces encore en vie et de réduire impérativement notre impact environnemental. Les choses étaient clairement différentes avant que les humains entrent en scène. »

Histoire d’avoir un point de comparaison, les chercheurs ont déterminé, calculs à l’appui, un « taux moyen d’extinction » qui avoisinait les 0,1 extinction par millions d’espèces et par an. Aujourd’hui, ce taux atteint les 100 extinctions par millions d’espèces et par an.

Généalogie des espèces

Pour trouver ce chiffre, les chercheurs  ont étudié à la fois les fossiles et l’évolution des arbres généalogiques des espèces (ce qu’on appelle la phylogénie) de nombreuses plantes et espèces animales. Ces études basées sur l’ADN permettent de connaître les détails de l’évolution des espèces, la manière dont elles se sont diversifiées avec le temps.

Le point particulièrement inquiétant arrive en dernière partie de l’étude : grâce aux calculs et projections établis, les taux futurs d’extinction pourraient atteindre jusqu’à 10 000 fois le taux moyen. Jurrian de Vos ajoute que la situation pourrait empirer en raison de l’augmentation exponentielle de la diversité des espèces qui ne sont pas encore éteintes : « C’est un peu comme votre compte en banque le jour de la paye« , explique-t-il. « Il enregistre un afflux de fonds, comparable aux nouvelles espèces, qui s’éteindra rapidement au fur et à mesure que vous payez vos factures« .

Pour les scientifiques, il est évident que l’être humain n’est pas qu’un simple spectateur de cette extinction accélérée. Quelle que soit la région du globe où l’on constate une forte disparition d’espèces animales et végétales, la croissance de la population humaine et sa consommation en ressources semble en être l’explication principale…

Que faire ? Les chercheurs n’ont pas oublié de mentionner les cas (de plus en plus nombreux) où les humains développent des stratégies de conservation, qui passent forcément par une réforme de nos habitudes… Le chemin est cependant encore bien long. Les espèces sauvages tiendront-elles aussi longtemps ?

10 chiffres alarmants sur La Biodiversité

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Le déclin de la biodiversité en 10 chiffres
  1. L’homme extrait chaque année environ 60 milliards de tonnes de ressources renouvelables et non renouvelables. Soit près de deux fois plus qu’en 1980.
    Les activités humaines ont sévèrement altéré 75% du milieu terrestre et 66% u milieu marin.
  2. Sur les 8 milliards d’espèces animales et végétales estimées sur Terre, 1 million sont menacées d’extinction.
    Cela représente environ un tiers des espèces de mammifères marins, un quart de celles des vertébrés, invertébrés et plantes et 10% de celles  d’insectes.
  3. La valeur de la production agricole a été multipliée par 4 depuis 1970. Un tiers de la surface terrestre et les trois quarts de ressources en eau douce sont désormais consacrés à la culture ou l’élevage.
  4. La superficie des forêts aujourd’hui ne représente que 68% de celles qui couvraient la planète à l’ère préindustrielle.
    Pire, en 2000 il ne restait plus que 13% des zones humides présentes au XVIIIe siècle.
  5. La production agricole mise en péril par la disparition des pollinisateurs représente entre 235 et 577 milliards de dollars par an.
  6. Un tiers des stockes de poissons marins en 2015 étaient exploités à un niveau biologiquement non durable.
    Entre 300 et 400 millions de tonnes de métaux lourds, solvants, boues toxiques et autres déchets provenant d’installations industrielles sont déversés chaque année dans les eaux de la planète.
  7. Environ la moitié de la couverture des récifs coralliens a disparu depuis les années 1870. Près d’un tiers est aujourd’hui menacé d’extinction.
  8. Les températures mondiales étaient en hausse d’1 degré Celsius en 2017 par rapport aux niveaux préindustriels.
  9. Les émissions de gaz à effet de serre ont été multipliées par deux depuis 1980, ce qui a fait augmenter la température moyenne d’au moins 0,7 degré !
  10. Lez zones urbaines ont plus que doublé depuis 1992.

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