Nos chats menacent-ils la faune sauvage ?

Bien que certaines personnes puissent le contester, il n’a jamais été démontré que les chats domestiques autorisés à accéder à l’extérieur, ou vivant à l’extérieur des maisons, soient la principale cause de disparition d’espèces endémiques à travers les zones continentales (cette affirmation ne s’applique pas aux populations vivant sur des îles, dont la situation d’isolement géographique permet plus facilement l’éradication d’une espèce par une autre).

Avant d’apporter une réponse positive ou négative quant à l’impact exact de la prédation des chats domestiques, la problématique soulève quelques questions liminaires : les études démontrant le rôle de la prédation féline sur la disparition d’espèces, se basant sur les « proies ramenées à la maison » reflétaient-elles le comportement de prédation réel des chats ? Quelle proportion de proies est consommée ou « abandonnée » sur place ? Que révèlent les analyses postmortem abdominales des chats tués sur les routes et ceux tués dans des zones boisées sur leur comportement de prédation ? Le phénomène observé dans les zones urbaines, suburbaines, voire les villages de campagne est-il représentatif du comportement félin sur une plus vaste zone ? Les données relevées concernant le nombre d’animaux tués sont-elles pertinentes alors qu’elles ne sont pas comparées aux chiffres d’une population entière ni de la démographie de l’année étudiée ? Enfin, le taux de prédation des chats est-il réellement suffisant pour menacer une espèce entière ? Des données de base sont disponibles sur toutes ces questions, elles restent cependant minimes et certainement pas assez pluridisciplinaire pour permettre une recommandation générale. Davantage d’études de terrain seraient nécessaires et surtout interprétées avec prudence.

Un autre problème additionnel serait celui des chats domestiques accédant à l’extérieur qui s’accouplent avec des chats sauvages Felis silvestris silvestris, une espèce protégée. Une récente étude a en effet trouvé des preuves de ce comportement, néanmoins elle ne conclut pas à un danger potentiel pour l’espèce protégée. Elle recommande simplement une surveillance continue.

En admettant que les chats domestiques soient bien « coupables » de cette diminution des espèces sauvages, seules des recommandations qui prendront en compte leur bien-être et l’apport affectif qu’ils donnent à des millions de personnes devront être prises en considération.

Comment résoudre le problème ?

Le problème est simple : on « accuse » les chats domestiques d’avoir un effet nocif sur la nature, mais on manque pour cela de preuves factuelles. C’est une problématique de conservation qui a déjà été étudiée par Churcher and Lawton en 1987. Les défenseurs du bien-être animal trouveront d’ailleurs le chat bien cruel envers ses petites proies… sauf que le chat est un prédateur qui chasse, tue et mange sa proie. Par ailleurs, sa morsure tue rapidement. Comme évoqué plus haut, selon les contextes de chasse et de prédation, les données ne sont pas représentatives d’une population entière et pas forcément problématiques pour la vie sauvage.

Si les chats ont bien un rôle sur la diminution des oiseaux et autres animaux sauvages, comment résoudre le problème ? Faut-il stériliser les chats allant à l’extérieur, ou les laisser définitivement dehors ? Faut-il encore envisager de réduire le nombre de chats domestiques (politique du « chat unique » comme en Suisse) ? Faut-il enfin envisager d’interdire l’accès à l’extérieur au chat, en partie voire définitivement ? C’est s’exposer à des risques de problèmes comportementaux de la part de chats ne supportant pas l’enfermement, voire d’entraîner des abandons si le chat « n’évolue » pas.

Cette solution est pourtant relativement populaire aux Etats-Unis, tandis que les conséquences néfastes qu’elle suppose la font mal percevoir en Europe.

Cette solution ne peut être possible que dans les cas suivants : si les chats n’ont jamais connu l’extérieur ; si l’espace intérieur est suffisamment organisé pour satisfaire les besoins du chat ; enfin s’il est possible de « rééduquer » un chat d’extérieur, et cela dépend fortement de chaque individu. Dans les zones où une restriction d’accès et une diminution de la prédation est absolument nécessaire, l’interdiction de l’accès à l’extérieur peut être envisagé, mais il ne faut en aucun cas en faire une interdiction générale.

(D.C Turner, Outdoor Domestic cats and wildlife, IEMT Suisse – Problématique exposée lors du Congrès de l’UFAW « Animal Populations : World Ressources and Animal Welfare » à Zagreb le 14 juillet 2015)