Un aménagement pour le chien : l’humain

Au refuge AVA, nous faisons appel à de nombreuses personnes pour venir s’occuper des chiens que nous accueillons. Les chiens interagissent régulièrement avec des personnes différentes : les vétérinaires qui les examinent et vérifient leur état de santé, les éducateurs qui leur font faire du travail d’obéissance ainsi que de la rééducation comportementale, les soigneurs qui veillent à la prise des traitements et qui nourrissent les chiens, les bénévoles qui sortent les chiens seuls ou en groupes.

Nous avons instauré cela, car il a été montré que trop souvent les chiens de refuge sont en manque de contacts avec les humains (Bergamasco et al., 2010 ; Kiddie & Collins, 2015 ; Taylor & Mills, 2007 ; Udell et al., 2010). Ce manque de contact peut avoir plusieurs conséquences ; par exemple, les chiens perdent l’habitude d’utiliser nos signaux de communication. En effet, dans une étude testant la capacité des chiens à utiliser les signaux de communication des humains, Udell et son équipe (2010) ont regardé si les chiens de refuge étaient capables de choisir un container contenant de la nourriture en se basant sur un signal produit par un humain démonstrateur (pointé du doigt). Les auteurs ont trouvé que, contrairement aux chiens de famille, les chiens de refuge ne réussissaient pas à choisir le bon container en se basant sur le signal de l’humain. Pour les auteurs, cela n’était pas dû à une différence de capacités entre les chiens de famille et les chiens de refuge, mais au fait que les chiens de refuge avaient perdu l’habitude d’interagir avec les humains et de comprendre leurs signaux communicatifs. Ils ont alors laissé plus de temps aux chiens de refuge pour se familiariser avec l’humain démonstrateur, ils ont réalisé les tests à nouveau : cette fois-ci, tous les chiens ont réussi le test.

Le manque d’interaction avec des humains peut tout aussi être une source de stress pour les chiens de refuge, notamment à leur arrivée dans ce nouveau lieu. Les chiens se retrouvant dans un environnement qu’ils ne connaissent pas, privés du contact qu’ils avaient l’habitude d’avoir avec les personnes de leur ancienne famille, sont exposés à de nombreux agents stresseurs. Or il a été montré que des interactions et des caresses régulières avec le personnel du refuge induisent une diminution du taux de cortisol (hormone associée au stress) chez les chiens au bout de 4 jours seulement (Hennessy et al., 1997).

Crédit photo : AVA
Crédit photo : AVA

De nombreuses études réalisées à partir d’observations directes et de sondages ont aussi confirmé que les interactions régulières avec le personnel (soigneurs, promeneurs, éducateurs) réduisent le stress et augmentent le bien-être des chiens de refuge (Bergamasco et al. 2010 ; Kiddie & Collins, 2015 ; Taylor & Mills, 2007). Or le but d’AVA est avant tout de veiller au bien-être des animaux qui y vivent, il nous apparaît donc évident de privilégier ce type d’interactions autant que possible. Interagir régulièrement avec des humains permet aussi de rendre les chiens de refuge plus stables émotionnellement ainsi que moins peureux vis à vis des humains (Hennessy et al., 2002 ; Taylor & Mills, 2007). De plus, la pratique d’exercices (promenade, éducation) mis en place de façon régulière est corrélée positivement avec le bien-être des chiens (Kiddie & Collins, 2015 ; Protopopova et al ., 2012).

Au refuge AVA, nous cherchons aussi à tout mettre en œuvre pour favoriser la future adoption des chiens que nous accueillons. Or, les chiens avec un tempérament stable, qui restent habitués à fréquenter des personnes, ont plus de chances d’être adoptés. Il a été montré que l’attitude des chiens de refuge vis à vis d’une personne qu’ils ne connaissent pas (par exemple, un potentiel adoptant) dépend du type et de la nature des interactions qu’ils ont avec le personnel du refuge (Arhant & Troxler, 2014). En effet, les auteurs ont montré que ces chiens portent plus d’intérêt à une personne inconnue lorsque leurs soigneurs/promeneurs/éducateurs les considèrent de manière positive et avec respect, en interagissant avec eux de façon régulière sans punition, en étant patients et amicaux, lors de séances de caresses ou de jeux (Arhant & Troxler, 2014). C’est pour toutes ces raisons qu’à AVA, nous mettons un point d’honneur à offrir aux chiens des interactions régulières, positives, avec un personnel varié.

Par Charlotte Duranton, éthologiste.

Références scientifiques utilisées pour rédiger cet article

Arhant, C., Troxler, J. 2014. Approach behavior of shelter dogs and its relationship with the attitude of shelter staff to dogs. Applied Animal Behaviour Science, 160, pp. 116-126.

Bergamasco, L., Osella, M. C., Savario, P., Larosa, G., Ozella, L., Manassero, M., Badino, P., Odore, R., Barbera, R., Re, G. 2010. Heart rate variability and saliva cortisol assessment in shelter dog : Human-animal interaction effects. Applied Animal Behaviour Science, 125, pp. 56-68.

Hennessy, M. B., Davis, H. N., Williams, M. T., Mellott, C., Fouglas, C. W. (1997). Plasma cortisol levels of dogs at a county animal shelter. Physiology & Behavior, 62, pp. 485-490.

Hennessy, M. B., Voith, V. L., Young, T. L., Hawke, J. L., Centrone, J., McDowell, A., Linden, F., Davenport, G. (2002). Exploring human interaction and diet effects on the behaviour of dogs in a public animal shelter. Journal of Applied Animal Welfare Science, 5, pp. 253-273

Kiddie, J., Collins, L. 2015. Identifying environmental and management factors that may be associated with the quality of life of kennelled dogs (Canis familiaris). Applied Animal Behaviour Science 167, pp. 43-55.

Taylor, K. D, Mills, D. S. 2007. The effect of the kennel environment on canine welfare: a critical review of experimental studies. Animal Welfare 16, pp. 435-447.

Udell, M. A. R., Dorey, N. R., Wynne, C. D. L. 2010. The performance of stray dogs (Canis familiaris) living in a shelter on human-guided object-choice tasks. Animal Behaviour 79, pp. 717-725.