Des chiens de refuge protecteurs de la biodiversité

L’université de l’Etat de Washington (nord-ouest des Etats-Unis) compte en son sein un programme un peu particulier, mis au point par des biologistes : des chiens pisteurs devenus des agents de conservation de la biodiversité.

Protéger la faune et la flore n’est effectivement pas toujours simple pour des humains, même de bonne volonté : les étendues de territoires sont vastes, la faune fragile ou hostile, nos sens souvent limités. En combinant la précision et l’efficacité de chiens de détections, les chercheurs peuvent plus facilement trouver et identifier des traces de vie sauvage (notamment les déjections, urines et fèces), et par la suite en tirer des données génétiques, physiologiques, toxicologiques et alimentaires. Au final, grâce au travail de ces chiens, les chercheurs sont en mesure de déterminer les variations démographiques d’une population animale donnée, ainsi que les pressions environnementales qu’elle peut subir.

Un chercheur et son pisteur canin en préparation avant une exploration dans la neige de l’Oregon (Crédit photo : Conservative Canines / FB)
Un chercheur et son pisteur canin en préparation avant une exploration dans la neige de l’Oregon (Crédit photo : Conservative Canines / FB)

La grande originalité de ce programme réside dans l’origine des chiens : ce sont tous des animaux abandonnés car « posant des problèmes » tels que l’hyperactivité ou l’excitabilité. Or, pour l’université, ces « défauts » sont justement des qualités : le chien de détection « idéal » doit avoir une bonne capacité de concentration, un besoin insatiable de jouer, bref une personnalité très énergique. Autant d’éléments qui n’en font pas de bons chiens de compagnie, mais d’excellents chiens de travail pour détecter des pistes. Ces chiens sont heureux de traverser de longues étendues de territoires, de grimper les montagnes, les rochers, les arbres abattus, d’affronter la neige, et ce à travers le monde entier, car ils visent leur récompense pour avoir flairer la piste d’un animal sauvage : jouer simplement avec leur balle favorite !

Pips, un des membres de la « team » à quatre pattes (crédit : Jaymi Heimbuch)
Pips, un des membres de la « team » à quatre pattes (crédit : Jaymi Heimbuch)

De vrais professionnels

Aucun chien ne vient d’un élevage. Les chercheurs ont pris soin d’être en relation constante avec divers refuges et associations de l’Oregon ou de Washington pour trouver les bons candidats. Les chiens ont en général entre 1 et 3 ans et ne travaillent pas au-delà. Si tous les chiens proposés par les refuges ne peuvent pas faire l’affaire, les chercheurs s’assurent toujours que les chiens qui travailleront avec eux trouveront par la suite une famille pour leur « retraite ».

L’entraînement peut prendre quelques mois seulement, à raison de petites sessions chaque jour. Très vite, le chien va faire le lien entre la balle (sa récompense) et les traces laissées par les animaux, qu’il a pour mission de retrouver. Chaque chien peut être « spécialisé » dans le pistage d’une ou plusieurs espèces.

La fiche technique de Pips, sur laquelle on peut voir sa race (croisé bouvier australien), son âge, le refuge où il a été adopté, et ses spécialités : wolverine, chouettes, lynx, cougars, martres et autres fouines !
La fiche technique de Pips, sur laquelle on peut voir sa race (croisé bouvier australien), son âge, le refuge où il a été adopté, et ses spécialités : wolverine, chouettes, lynx, cougars, martres et autres fouines !

C’est le docteur Samuel Wasser, directeur du Centre pour la conservation biologique de l’université de Washington qui a initié ce programme en 1997. Il a collaboré avec le sergent Barbara Davenport, maître-chien reconnue des brigades anti-stupéfiants, afin d’élaborer une méthode d’entraînement des futurs chiens pisteurs d’animaux sauvages dérivée des méthodes de détection de drogues.

Pour les geeks « science », l’étude suivante a décrit cette méthode de pistage dans le détail : « Scat detection dogs in wildlife research and management : application to grizzly and black bears in the Yellowhead Ecosystem », Alberta Canada, Wasser et al, 2004.

Des progrès de géant pour préserver la nature

A Alberta précisément, où la population de caribous accusait un fort déclin il y a quelques années, le pistage des chiens du programme a permis d’établir que leurs prédateurs n’étaient pas les loups, mais tout simplement le tracé des routes qui scindaient les territoires des caribous, les empêchant de chercher leur nourriture. Grâce à ces données, les chercheurs ont pu tempérer les ardeurs des autorités, prêtes à décimer les loups canadiens…

Ces chiens ont également permis aux conservationnistes de créer une carte génétique des populations d’éléphants d’Afrique, très utile dans la lutte contre le commerce illégal de l’ivoire. En faisant coïncider l’ADN issu des défenses reprises à des braconniers à une population et à une zone spécifique, les chercheurs ont permis aux forces de l’ordre de traquer les braconniers exactement au bon endroit, une chose qui était impossible à faire jusqu’à présent.

Le programme est donc doublement vertueux pour les animaux : non seulement il donne une seconde vie à des chiens abandonnés qui autrement seraient voués à l’euthanasie ou à une vie triste en refuge, mais il se veut aussi une méthode non invasive pour étudier et gérer les populations d’animaux sauvages menacés ou en danger dans le monde entier, du tigre aux orques en passant par les chouettes, les loups, les caribous et même la souris miniature du Pacifique. Des animaux délaissés aidant des animaux menacés, et avec l’homme comme guide : une preuve de plus de la synergie possible entre les espèces !

Plus d’informations

Le site de Conservation Canines : http://conservationbiology.uw.edu/conservation-canines/

La page Facebook : https://www.facebook.com/ConservationCanine