Et si l’homme descendait… du corbeau ?

Difficile de piéger un corbeau ! Plus les études sur leur comportement se multiplient, plus ces oiseaux démontrent leur remarquable intelligence et surtout, leur troublant cousinage intellectuel et comportemental avec l’homme.

Une nouvelle étude, publiée jeudi dernier dans le Journal Nature Communications, démontre que les corbeaux peuvent imaginer être espionnés par un challenger inconnu, montrant ainsi une capacité d’abstraction que l’on pensait jusqu’à aujourd’hui exclusivement humaine.

Ces oiseaux prennent en effet un soin extrême à cacher leur nourriture s’ils ont l’impression que leurs mouvements sont observés en cachette par un congénère, même si ce potentiel voleur n’est pas dans les parages.

En d’autres termes, les corbeaux sont capables d’imaginer qu’on va leur piquer leur bouffe Un petit côté paranoïaque donc, mais surtout une belle capacité d’anticipation.

Sans avoir recours à l’observation directe, ces oiseaux sont donc capables de « comprendre » ou d’envisager ce qui se passe dans l’esprit d’un congénère. « Ce trait de personnalité, que l’on pensait uniquement humain, peut donc s’observer également chez certains animaux » explique l’auteur de l’étude, Thomas Bugnyar, professeur à l’université de Vienne et spécialiste en cognition sociale chez les animaux.

Durant 6 mois, l’équipe de chercheurs a observé 10 corbeaux élevés en captivité. Les oiseaux étaient placés dans des pièces voisines, séparés par une fenêtre sans rideau, de façon à ce qu’un corbeau puisse observer son voisin tandis que celui-ci cachait la nourriture qu’il recevait.

Les chercheurs ont par la suite recouvert la vitre mais ont laissé un judas, les oiseaux ayant appris qu’ils pouvaient regarder à travers et également y être vus.

Une fois cet entraînement de base en place, les scientifiques ont diffusé des sons de corbeaux tandis qu’un des oiseaux de l’étude était en train de cacher sa nourriture. Lorsque le judas était ouvert, les oiseaux mettaient encore plus de soin à cacher leurs réserves. Lorsque le judas restait fermé, les oiseaux en déduisaient que personne ne pouvait les voir, même s’ils pouvaient entendre les cris d’oiseaux.

Les scientifiques ont déterminé que l’oiseau se sentait observé lorsqu’il se « dépêchait » de cacher sa nourriture, ou lorsqu’il revenait plus tard à sa cachette, une fois certain qu’aucun ennemi n’était en vue, afin de l’améliorer.

Des recherches ont été menées par le passé, notamment avec des chimpanzés, pour démontrer que des animaux non-humains pouvaient comprendre ce que leurs congénères voyaient. Mais on supposait alors que leur compréhension était facilitée par l’observation du regard de leur congénère et des mouvements de sa tête. On ignorait encore si les animaux étaient capables de comprendre le concept d’observation sans aucun indice comportemental. Visiblement, les corbeaux comprennent parfaitement la notion d’espionnage et adaptent leur comportement en conséquence.

Les corbeaux sont connus pour être capables de fabriquer des outils et d’être très débrouillards. Crédits : Mon Quotidien
Les corbeaux sont connus pour être capables de fabriquer des outils et d’être très débrouillards. Crédits : Mon Quotidien

« Cela montre que les corbeaux font des généralisations basées sur leur expérience, et ne se contentent pas d’interpréter et de répondre aux indices comportementaux donnés par leurs congénères », souligne Bugnyar.

Pour rappel, les jeunes corbeaux sont connus pour former et rompre des alliances entre eux et faire preuve de « flexibilité sociale ». Adultes, ils défendent leur territoire, savent fabriquer des outils et développent des relations monogames de longue durée.

Ca ne vous rappelle personne ?