Les chevaux comprennent les émotions humaines

Approchez un cheval avec un air renfrogné voire carrément en colère, et il vous lancera certainement un regard de côté, de préférence à gauche. Son rythme cardiaque augmentera également. Deux signes que le cheval comprend l’état émotionnel dans lequel vous vous trouvez.

Des psychologues de l’université du Sussex, en Grande-Bretagne, qui avaient déjà établi l’année dernière un dictionnaire des expressions faciales traduisant les émotions chez le cheval (nous en avions parlé en août, relisez notre article !), ont tout simplement inversé l’expérience : ils ont cherché à savoir si les équidés pouvaient lire et comprendre les émotions humaines.  Et non seulement le cheval SAIT lorsqu’un humain est de mauvaise humeur, lorsqu’il se trouve en face de lui, mais il peut également le faire à partir d’une simple photographie.

L’étude a été publiée dans le journal Biology Letters. 28 chevaux d’écuries de propriétaires du Sussex et du Surrey ont observé de grandes photos imprimées dans une excellente résolution du même individu humain mâle, soit souriant et montrant ses dents, soit fronçant les sourcils et serrant les dents : autant d’expression positives ou négatives pouvant émaner d’un individu inconnu. Les chercheurs montraient les photos au hasard aux chevaux, sans savoir eux-mêmes quelle photo ils montraient. Mais les chevaux voyaient très bien la différence.

« Ce qui est vraiment intéressant avec ces résultats, c’est qu’ils montrent que les chevaux peuvent lire les émotions indépendamment de la barrière de l’espèce. Nous savons depuis longtemps que les chevaux sont une espèce socialement très sophistiquée, mais c’est la première fois que l’on observe clairement leur façon de différencier les émotions positives et négatives chez les humains« , explique Amy Smith, doctorante à l’université et membre du groupe de recherche sur la communication vocale des mammifères. « Leur réaction face à des expressions faciales agressives est particulièrement évidente : on a pu noter une rapide accélération du rythme cardiaque, et les chevaux déplaçaient leur tête de façon à regarder le visage agressif avec l’oeil gauche.«

Il a été démontré que les chiens procédaient de la même façon, et la raison est simple : l’hémisphère droit du cerveau (où les informations données par l’oeil gauche sont enregistrées et interprétées) a pour spécialité de traiter les stimuli effrayants ou menaçants. Les moutons connaissent le même fonctionnement, des chercheurs ayant démontré qu’ils se souvenaient très bien des « visages » d’autres moutons et humains, et qu’ils pouvaient être apaisés par des photographies d’autres moutons connus.

« Ces éléments soulèvent d’intéressantes questions sur la nature de l’identification des expressions émotionnelles, et posent notamment la question de l’inné et de l’acquis dans son développement », expliquent les chercheurs. Karen McComb, qui a mené le groupe de travail et co-écrit l’étude, émet une hypothèse : « Les chevaux ont peut-être développé une capacité au fil des millénaires à lire les indices émotionnels chez leurs congénères afin de répondre de façon approprié aux expressions faciales humaines durant leur évolution à nos côtés. Ou alors, il se peut que certains individus aient appris d’eux-mêmes à interpréter nos expressions durant leur existence.«