Et si votre chien était raciste ?

Oh stupeur ! Et si votre chien était raciste ? Bien sûr, cela n’est pas un comportement intrinsèque… mais les scientifiques se demandent si le comportement d’un propriétaire en la matière ne pourrait pas avoir une influence sur celui de son chien.

Sur le site Psychology Today, Stanley Coren célèbre professeur de psychologie, chercheur en neuropsychologie et auteur de nombreux livres sur l’intelligence et les capacités mentales des chiens, raconte cette anecdote : « Une dame est venue discuter avec moi, me confiant que le chien de sa fille était peut-être raciste. Elle était allée lui rendre visite à Boston. Le chien était un croisé entre un berger allemand et un border collie. C’était un gentil chien avec la grande majorité des gens, pourtant d’après elle, lors d’une promenade, il avait semblé agir de façon raciste. A chaque fois qu’une personne noire s’approchait, le chien semblait inquiet, se rapprochant de sa maîtresse, et grognant lorsque la personne ‘suspecte’ passait à côté. »

Pour le chercheur, c’est évident : il n’est pas du tout plaisant de se dire que le meilleur ami de l’homme puisse manifester ce genre d’attitudes négatives et stéréotypées. Mais en l’occurrence, des propriétaires, souvent des femmes, se sont également plaints du fait que leur chien semblait sexiste : leur chien manifestait sa répulsion envers les hommes, ou en avait peur.

Il y a aussi les chiens qui n’aiment pas les personnes âgées, et puis ceux qui ont un problème avec les uniformes comme ceux des militaires ou de la police…

Nous savons que les préjugés humains tels que le racisme, le sexisme, le « jeunisme » et autres sont des comportements acquis, résultats très souvent d’une éducation, d’expériences traumatiques avec certaines catégories de personnes, ou encore d’une exposition à un environnement où ce genre d’attitudes est commun. Stanley Coren a donc voulu en savoir un peu plus sur le passé de la jeune femme en question : avait-elle vécu une expérience négative avec une personne noire dans un passé proche ? Il se trouvait qu’elle avait été agressée par un jeune homme en sweat-shirt, qui avait voulu lui voler son sac. Il n’avait pas réussi son coup, mais avait tiré tellement fort qu’il avait projeté la jeune femme à terre et lui avait cassé le poignet. Pour sa mère, sa fille s’en est remise et n’a pas développé de préjugés particuliers envers les personnes noires. Celle-ci considérait simplement que son agresseur était une personne agressive qui se trouvait être afro-américaine, sans plus.

Nos chiens savent ce que nous ressentons

Le problème, c’est que même les comportements les plus discrets, les plus subtils à détecter, peuvent malgré tout influencer le comportement d’un chien et son attitude envers d’autres gens, suffisamment pour que l’animal finisse par développer du racisme ou du sexisme. La récente étude de l’éthologue Charlotte Duranton démontre que les chiens sont extrêmement attentifs aux comportements de leur propriétaire avant de fournir une réponse comportementale face à un étranger. C’est ce qu’on nomme le référencement social : un individu lit le comportement de ses congénères, ou des autres êtres qu’il connaît, de façon à déterminer la valeur de sa propre réponse face à une situation, une personne, un objet. Une toute petite nuance dans le comportement de l’humain peut faire la différence pour le chien. En l’occurrence, lorsqu’un propriétaire s’éloigne d’une personne inconnue, le chien se sent en insécurité. Il regardera plus intensément l’inconnu, et observera les jeux de regards entre les deux humains. Même comportement si le propriétaire reste figé sur place : pour un chien, rester sans bouger n’est pas naturel, aussi voir son propriétaire agir ainsi peut être négatif ou étrange pour lui. A noter que l’immobilité totale est par ailleurs un comportement adopté par de nombreux animaux sauvages à l’approche d’une menace.

Comment s’étonner que tout ce jeu subtil de comportements finisse par construire des comportements biaisés envers certaines catégories de personnes ? La jeune femme évoquée plus haut n’est sans doute pas devenue raciste, mais il est naturel pour elle, compte tenu de sa mauvaise expérience, d’hésiter, de s’arrêter et peut-être même de reculer à l’approche d’un homme noir en sweat-shirt, tandis qu’elle se promène dans la rue avec son chien. Si le chien sait lire ces indices émotionnels, même discrets, et qu’ils se manifestent suffisamment souvent, il est plus que naturel pour l’animal de développer une méfiance ou un désamour certain pour ces personnes. Alors non, le chien n’est pas raciste, mais reflète l’insécurité de son propriétaire.

D’une façon similaire, une femme qui n’est pas très confiante avec les hommes pourra hésiter ou reculer spontanément lors de rencontres fortuites, construisant ainsi une méfiance envers les hommes chez son chien. Toute crainte sociale peut être ainsi inculquée au chien de la sorte, cela peut aller de la peur ou de la méfiance envers les policiers à la terreur des clowns !

Pour clore son analyse, Stanley Coren a demandé à la mère de la jeune femme si le chien exprimait les mêmes comportements envers les femmes noires. La réponse était non, confirmant l’hypothèse de départ d’un sentiment d’insécurité à l’approche de jeunes hommes noirs. Son chien n’était donc pas un raciste… mais simplement un bon lecteur des émotions de sa maîtresse !

Plus d’informations

Stanley Coren est l’auteur de nombreux livres comme Comment parler chien ? ou Ce que savent les chiens : l’intelligence canine

http://www.stanleycoren.com/

L’étude évoquée a pour auteurs Charlotte Duranton, Thierry Bedossa et Florence Gaunet (2016). When facing an unfamiliar person, pet dogs present social referencing based on their owners’ direction of movement alone. Animal Behaviour, 113, 147-156