Des cours d’éducation canine pour les maîtres en réinsertion

Éducateur canin comportementaliste, voilà un métier en pleine expansion depuis quelques années seulement !

De nombreux propriétaires d’animaux domestiques ont eu recours au moins une fois dans leur vie aux services d’un tel spécialiste. Il existe cependant diverses « spécialisations ». Aurélie Autran, par exemple, a décidé de tout plaquer pour être dans un premier temps bénévole à l’association Gamelles Pleines de Montpellier.

education canine
Aurélie Autran

Très vite, elle s’est formée pour devenir éducateur comportementaliste diplômée d’État. Aujourd’hui, son engagement bénévole auprès des sans-abris, des personnes en situation de précarité et de leurs animaux se traduit dans sa spécialisation : elle donne des conseils et des cours à ces mêmes propriétaires pour les aider à mieux vivre au quotidien avec leurs compagnons, surtout lorsqu’ils ont réussi à se réinsérer et que l’éducation de leur animal devient essentielle.

Vous avez travaillé pour l’association Gamelles Pleines Montpellier, aujourd’hui vous êtes éducateur canin comportementaliste et vous travaillez notamment dans les centres sociaux au contact des personnes sans-abris ou en difficultés qui possèdent un animal. C’est atypique, et il y a une cohérence dans votre parcours : d’où vous est venue cette vocation ?

Aurélie Autran : J’ai fait une reconversion à 360° ! J’étais cadre commerciale auparavant pour un média web économique couvrant la région Languedoc-Roussillon. Parallèlement à mon travail, j’ai été bénévole quelques temps pour la SPA de Montpellier.

En 2012, j’ai quitté mon poste car j’avais besoin de prendre du recul par rapport à mon parcours professionnel. J’ai rejoint à ce moment-là l’association Gamelles Pleines Montpellier, et en suis depuis 2014 la présidente. Gamelles Pleines apporte un soutien aux propriétaires en précarité (SDF, jeunes en errance, Roms etc…) en leur distribuant des croquettes et des accessoires (laisse, collier, muselière, harnais…). L’objectif de Gamelles Pleines est également de créer du lien avec ces personnes, par l’intermédiaire de l’animal. Nous apportons donc un outil de médiation aux travailleurs sociaux, qui va leur permettre d’utiliser l’animal comme porte d’entrée pour entrer en relation avec des personnes en situation d’exclusion sociale.

Au cours de nombreuses actions au contact de ce public et des travailleurs sociaux, je me suis rendue compte qu’il y avait beaucoup d’autres besoins :

  • Des besoins en terme d’éducation canine, notamment lorsque la personne – après un parcours dans la rue avec son animal – accède au logement. Si cette transition n’est pas accompagnée, la démarche de réinsertion peut échouer. L’accompagnement consiste à apprendre au maître à structurer ses journées et celles de son animal (repas à heures régulières, sorties régulières…), à apprendre la séparation (lorsque le maître doit honorer des RDV à l’extérieur), la vie entre 4 murs, la propreté etc…
  • Des besoins de formations pour les travailleurs sociaux, car dans la plupart des cas le chien constitue un frein à l’accompagnement social ; il y a un manque de connaissances et d’outils à leur disposition pour intégrer l’animal dans le travail social.
  • Des besoins d’animations et de sensibilisation : à la bien-traitance par exemple, à l’hygiène, la sécurité, au civisme etc…

J’ai donc décidé d’aller plus loin dans mon action et de me professionnaliser. Je me suis formée au métier d’éducateur canin comportementaliste, et ai obtenu un diplôme d’état (Brevet Professionnel) à l’école de Montaigu (44) en juillet 2015.

J’ai choisi cette école car c’est la seule en France qui propose une spécialisation « médiation animale appliquée au secteur social ». D’ailleurs la directrice de programme est Nathalie Simon, vétérinaire et docteur en sciences de l’éducation ; elle a été précurseur avec Thierry Pastou dans ce type d’intervention en centre social.

Je suis rentrée sur Montpellier et j’ai créé ma structure Om Anima en septembre 2015. Depuis, j’interviens  autant auprès de particuliers rencontrant des difficultés de vie avec leur animal de compagnie, qu’auprès des structures sociales.

Comment se passent vos « cours » avec ces propriétaires ? Racontez-nous un cours ou une journée « type ». Est-ce parfois difficile ?

Aurélie Autran : Une partie de mes champs d’intervention consiste à accompagner de manière individualisée la personne et son animal lors d’une transition de vie ou d’une problématique de comportement. Un exemple récurrent est l’accès et le maintien en logement.

Le travailleur social accompagnant la personne me sollicite, avant ou dès l’arrivée de la personne dans son logement. Je fais d’abord une évaluation du chien, pendant laquelle je vais aborder tous les paramètres impactant directement et indirectement le maître et son chien : leur histoire, les caractéristiques comportementales et le tempérament de l’animal, les méthodes éducatives du maître, le passé du maître avec d’autres chiens etc…

L’objectif de cette évaluation est de faire le bilan sur les points forts de cette relation, et les points de vigilance sur lesquels nous allons travailler pour faire en sorte que l’animal (et par conséquent le maître aussi) s’adapte bien dans cette transition de vie.

Les points de vigilance peuvent concerner des difficultés à rester seul, un comportement de garde renforcé par la vie à la rue, des comportements agressifs, des difficultés à être dans un lieu fermé sur une longue durée etc… Nous nous servons des points forts pour valoriser la personne, par exemple : sa capacité à nourrir le chien, à en prendre soin, à être vigilant sur la santé du chien etc…

Dans l’accompagnement individuel, il y a 4 acteurs :

  1. moi (l’éducateur canin),
  2. le travailleur social,
  3. le maître
  4. et son chien.

Ensuite, en fonction de l’évaluation et des objectifs que nous nous fixons, je propose des séances d’éducation canine individuelles basées sur de la pratique. Ces séances sont toujours très riches humainement. Beaucoup de choses passent grâce à l’animal, notamment les émotions. L’animal amène de la joie, et de la légèreté. Il y a naturellement des difficultés qui renvoient au parcours souvent complexe et carencé des personnes.

Vous formez également les travailleurs sociaux à la prise en compte des chiens dans l’accompagnement social : comment cela se passe-t-il ?
Votre enseignement est-il bien reçu ? Y a-t-il des blocages, des difficultés ?

Aurélie Autran : Il y a en général un fort intérêt de la part des travailleurs sociaux. En effet, dans leur pratique quotidienne, ils se sentent souvent démunis car peu outillés. Pour les travailleurs sociaux qui ont peur des chiens, mes formations vont leur donner des outils pour se sentir plus en confiance ; pour les travailleurs sociaux qui ne connaissent pas les chiens, je vais leur donner des clés pour connaître et comprendre les particularités des usagers propriétaires de chiens. Pour ceux qui connaissent les chiens, mes formations leur fourniront des outils pour un accompagnement plus global de la personne.

Au départ, beaucoup de gens (pas seulement les travailleurs sociaux) se demandent pourquoi une personne déjà en difficulté va « s’encombrer » de la présence d’un animal. Mon objectif est de mettre en lumière les atouts de cette présence, et comment le chien (ou le chat) peut être levier d’insertion.

Pet in the City : D’ailleurs, la « médiation animale », qu’est-ce que c’est exactement?

Aurélie Autran : La médiation animale est « la recherche des interactions positives issues de la mise en relation intentionnelle homme/animal afin de maintenir ou d’améliorer un état de bien-être physique, mental, social » . Elle est donc associée à une intentionnalité : « celle d’associer l’animal à un projet professionnel et/ou une compétence spécifique qu’il soit éducatif, social, thérapeutique ou de recherche » . La médiation animale est donc une technique qui permet de créer des liens dans une relation triadique (intervenant, participant, animal).

Lorsque la médiation animale est appliquée au secteur social, auprès d’un public de propriétaires en précarité, l’animal constitue un tiers qui va permettre au travailleur social de considérer la personne dans sa globalité, d’aborder des problématiques complexes de manière détournée, d’établir des liens de confiance et d’aller plus loin dans l’accompagnement.

En effet, le chien constitue une porte d’accès très riche et intéressante pour créer et maintenir le lien avec le propriétaire qui parlera plus facilement de son compagnon que de lui-même, quand ses circonstances de vie l’ont peu à peu enfermé et désocialisé.

L’animal représente un véritable outil de médiation dans la mesure où il joue un rôle de miroir par rapport à son propriétaire. De même, il va constituer un élément neutre par lequel la personne va pouvoir exprimer et extérioriser des émotions ou des pensées : quand le propriétaire parle de son chien, c’est souvent de lui-même qu’il parle. L’animal permet de travailler beaucoup de thématiques et de problématiques telles que la santé, l’alimentation, le repos, l’autonomie, l’éducation, la responsabilité…

L’autre pendant de votre activité est plus classique, puisqu’il s’agit d’éducation canine et féline pour les particuliers. Quelle est votre impression dans ce domaine, les « cas » que vous rencontrez le plus souvent, les problématiques avec les maîtres ?

Aurélie Autran : Cela peut paraître surprenant, mais je ne rencontre pas les mêmes problématiques auprès des particuliers. En fait, les conditions de vie du chien d’une personne « socialement intégrée » (disposant d’un toit, d’un foyer, d’un travail…) et celles d’une personne « à la rue » sont radicalement opposées, ce qui fait que les problématiques ne sont pas du tout les mêmes.

Pour les chiens de personnes en situation d’exclusion sociale, je vais rencontrer des problèmes liés à l’attachement et aux difficultés à gérer la séparation, des problèmes d’agressivité liée notamment à garde.

Pour les chiens de propriétaires « socialement intégrés », cela sera plutôt des problèmes de socialisation intra-spécifique (avec d’autres chiens), des troubles liés à l’activité et à l’émotivité (peurs, phobies, anxiété).

Enfin, tout simplement : d’où vous vient votre passion des animaux ?
Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Aurélie Autran : J’ai une passion pour les animaux depuis toute petite. J’ai été ce qu’on appelle une « frustrée » des bêtes, c’est-à-dire que je n’ai pu adopter un animal qu’à ma majorité. Et depuis, je ne me verrai pas vivre sans mes chiens et chats que je considèrent comme de vrais compagnons de vie.

Parmi les projets en cours, je suis en train de créer une association qui proposera un ensemble de services dédiés à la gestion de l’animal, à destination des structures sociales de Montpellier. Cette association accompagnera, conseillera et soutiendra les structures sociales dans les problématiques qu’elles peuvent rencontrer au quotidien avec le public accueilli.

Je projette aussi d’élargir ma zone géographique d’intervention et de proposer mes formations à échelle nationale, car la médiation animale appliquée au secteur social intéresse de plus en plus de structures ; et c’est tant mieux pour les usagers propriétaires d’animaux. En effet, jusqu’à présent, l’animal était considéré comme un obstacle, alors qu’au contraire, il peut être un véritable moteur d’insertion !

Plus d’informations 

Aurélie Autran, éducateur canine comportementaliste diplômée d’Etat
Conseil et formation en comportement canin et félin

Site Internet : http://www.om-anima.com
Facebook : http://www.facebook.com/autran.aurelie