Dermatite atopique canine : 1ère cause de consultation chez le vétérinaire

La dermatite atopique canine est une maladie inflammatoire prurigineuse chronique de la peau, elle affecte également le chat, chez qui elle est mal définie actuellement, et le cheval.

C’est une maladie polygénique qui se caractérise initialement par une anomalie de synthèse de la barrière cutanée et une dysrégulation du système immunitaire cutané ; c’est le terrain favorable au développement d’allergies qui seront un facteur aggravant ou déclenchant de la maladie. La dermatite atopique peut aussi être déclenchée ou aggravée par d’autres facteurs tels que l’alimentation, des facteurs environnementaux irritants (polluants, parfums, peintures …), le stress…

Maladie complexe à soigner, notamment parce que chaque cas est différent, elle est sans doute l’une des premières causes de consultation chez les vétérinaires urbains. Certaines races sont prédisposées à la dermatite atopique, par exemple le West Highland White Terrier, le Cairn terrier, le golden retriever, le labrador, le boxer, le bouledogue ou encore le berger allemand. Un animal qui naît atopique le reste toute sa vie, mais l’expression clinique de la maladie en fonction du temps n’est pas toujours prévisible.

Certains animaux expriment une dermatite atopique discrète perannuelle, d’autres ont des poussées régulières. Seul un petit nombre de chiens vont développer une dermatite atopique grave qui nécessitera un traitement immunosuppresseur régulier.

Le docteur Noëlle Cochet-Faivre, spécialiste en dermatologie vétérinaire, nous explique ce qu’est cette maladie et comment la prévenir.

Comment se manifeste la dermatite atopique chez le chien ?

Dr. N. Cochet-Faivre : Que ce soit dans le cadre d’une dérégulation du système immunitaire et/ou d’une altération de la barrière cutanée prépondérante, on trouvera des lésions érythémateuses dans les zones de plis (lèvres, paupières, oreilles, espaces interdigités, région sous caudale, axillaire ou inguinale ou face ventrale du cou), souvent très prurigineuses. Elle s’accompagne fréquemment de complications bactériennes et/ou fongiques secondaires à une dysbiose (dérégulation de la flore) cutanée.

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Dermatite atopique du chien : l’apparition de plaques rouges, d’irritation de la peau sont un des symptômes

C’est une maladie qui se manifeste classiquement entre 6 mois et 3 ans. Mais il n’est pas rare que l’on puisse objectiver les premiers signes dès l’adoption sans que ce soit une indication de gravité pour l’expression future de la maladie. Il arrive également qu’un chien exprime durant presque toute sa vie des signes discrets de dermatite atopique qui ne nécessite pas de consultation et que soudainement vers l’âge de 10 ans la maladie prenne de l’extension.

Si le diagnostic est souvent facile, la gestion médicale de cette maladie est plus complexe car il faut avant tout déterminer quel est le facteur favorisant de déclenchement (dérégulation de la flore, dérégulation du système immunitaire, hypersensibilité alimentaire, présence de puces, allergie aux acariens …)

La prise en charge d’un chien atopique se fait donc par étapes, la dernière étape étant des tests allergologiques dans le but de faire une immunothérapie spécifique, mais l’interprétation des tests allergologiques est elle aussi complexe, un test positif ne signifie pas allergie mais sensibilisation. Les tests allergologiques sont utilisés dans le but de chercher une sensibilisation à un aéroallergène (acariens, pollens) mais ils ne sont pas valides à ce jour pour une recherche d’hypersensibilité alimentaire.

Chez l’homme on décrit une marche atopique avec dans un premier temps l’expression d’une dermatite atopique puis s’il y a passage par la barrière cutanée d’aéroallergènes qui vont stimuler le système immunitaire, l’évolution classique se fera vers l’apparition de rhinite, conjonctivite et/ou asthme allergique. Chez le chien cette marche atopique n’est pas décrite et les lésions restent localisées à la peau qu il y ait ou non allergie rendant ainsi la prise en charge plus compliquée.

Un environnement riche en aéroallergènes a-t-il une influence sur l’apparition de cette maladie ?

Dr. N. Cochet-Faivre : La dermatite atopique résulte de l’influence complexe de facteurs génétiques et de facteurs exogènes (flore cutanée, aéroallergènes, trophoallergènes (allergènes alimentaires), irritants (produits cosmétiques, pollution environnementale)) et endogènes (stress). Un milieu riche en aéroallergènes peut être un facteur favorisant chez certains individus, notamment à la faveur d’un changement de milieu (déménagement) car le système immunitaire va être stimulé par ces nouveaux facteurs environnementaux à travers une barrière cutanée anormale. Mais la dermatite atopique ne se résume pas à une dermatite allergique.

Comment traiter dermatite atopique chez le chien et surtout : comment la prévenir ?

Dr. N. Cochet-Faivre : Chaque individu étant différent, il faudra accorder un soin particulier à l’identification des causes sous-jacentes. En première intention, le traitement passera par le contrôle de la dérégulation de la flore et la restructuration de la barrière cutanée (émollient). Si cela ne suffit pas à contrôler la dermatite atopique et en particulier sa composante immunitaire qui s’accompagne de démangeaisons parfois difficilement supportables par l’animal et son propriétaire des traitements immunosuppresseurs locaux ou systémiques seront mis en place. En cas d’allergie, une désensibilisation est vivement recommandée.En termes de prévention, peu de recommandations, si ce n’est un contrôle anti-parasitaire drastique, et une bonne hydratation cutanée (à l’aide d’émollient).