Abattoirs : les conclusions de la commission d’enquête

En quelques mois, l’association L214, qui milite pour le bien-être animal et prône une alimentation végétarienne, a publié sept vidéos, tournées en caméra cachée dans des abattoirs français : ces images, souvent insoutenables, d’animaux en grande souffrance, ont conduit des abattoirs à fermer, au moins provisoirement, et à être condamnés pour « mauvais traitement envers un animal ».

Des contrôles menés par l’administration, après ces vidéos choc, ont montré des manquements graves sur 5% des lignes d’abattage de 259 abattoirs français inspectés (sur 263) au mois d’avril.

Ces images ont surtout suscité un émoi tel qu’une commission d’enquête parlementaire a été créée, multipliant pendant trois mois les auditions de ministres, dirigeants d’abattoirs, vétérinaires, éleveurs, membres de l’administration, syndicalistes agricoles, dignitaires religieux, chercheurs et représentants d’associations de défense des animaux pour déterminer ce qui peut être amélioré. Celle-ci dévoilera ses propositions en détail demain.

Parmi les pistes esquissées pendant les trois mois d’audition: l’amélioration de la formation des personnels et des contrôles vétérinaires, mais aussi la question de la mise en place d’une vidéosurveillance.

Vidéosurveillance : la solution contre la maltraitance ?

Doit-on ou non installer des caméras pour contrôler les opérations et les installations dans les abattoirs ?

Si les principaux syndicats agricoles s’y sont déclarés opposés, les associations de protection des animaux ont demandé davantage de transparence sur le fonctionnement des abattoirs. Mais des éleveurs, qui aimeraient eux aussi avoir un suivi des animaux qu’ils emmènent à l’abattoir, ont également appuyé cette demande de transparence au travers par exemple de comités d’éthique.

Quid du rôle et des effectifs pour les inspections de l’administration? Les auditions ont montré que l’accent est davantage mis sur la surveillance sanitaire que sur le bien-être animal.

« Il est possible que la réduction des effectifs, de moins 20% dans l’administration, ait eu comme conséquence un allègement du nombre et de la fréquence des contrôles en protection animale« , a reconnu Laurent Lasne, président du Syndicat national des inspecteurs en santé publique vétérinaire (SNISPV).

Comment rendre l’étourdissement des animaux plus efficace, se sont également interrogé les députés. De nombreuses séquences vidéo de L214 ont montré  des animaux mal étourdis qui continuent donc à souffrir pendant les opérations d’abattage.

Pour le chef du bureau central des cultes au ministère de l’Intérieur Arnaud Schaumasse, le problème de l’étourdissement est avant tout un « non-respect des procédures établies, et non que l’abattage se fasse ou non selon un rite religieux« . Et c’est plus lié à des questions de formation qu’au respect de pratiques religieuses juives ou musulmanes, qui imposent de ne pas étourdir l’animal.

Parmi les autres pistes explorées par la commission figure la modernisation des plus petits abattoirs en investissant dans du matériel permettant d’assurer un abattage plus efficace et plus rapide et donc d’améliorer le bien-être animal.

On attend le détail demain, mais il ne sera pas étonnant de constater que la question de l’abattage à la ferme aura été vite évacuée et absolument pas prise en considération, quand des pays comme la Suède ou l’Autriche l’ont déjà légalisée…

Mise à jour du 20 septembre 2016 : * D’après un très bon « grand format » du Monde.fr, la commission d’enquête parlementaire préconiserait tout de même l’expérimentation des abattoirs mobiles sur le territoire français : https://www.lemonde.fr/grands-formats/visuel/2016/09/20/et-si-on-abattait-les-animaux-a-la-ferme_5000554_4497053.html

(avec AFP)