Abattoirs : vers une expérimentation de l’abattage mobile ?

La commission d’enquête parlementaire présidée par le député Olivier Falorni a rendu officiellement hier ses conclusions lors d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale. Après plusieurs mois d’auditions et de réflexion, les 30 députés qui composaient la commission ont fait émerger 65 propositions de leurs travaux.

Voici les principales concernant les contrôles, la formation et les pratiques d’abattage :

Règles

Mettre en place un Comité national d’éthique des abattoirs.

Contrôles

  • Rendre obligatoire l’installation de caméras dans toutes les zones des abattoirs dans lesquelles des animaux vivants sont manipulés.
  • Augmenter le recrutement de vétérinaires et de techniciens supérieurs du ministère de l’Agriculture pour les affecter en abattoirs.
  • Pour les abattoirs de plus de cinquante salariés, rendre obligatoire la présence permanente d’un agent des services vétérinaires aux postes d’étourdissement et de mise à mort.
  • Créer une brigade « bien-être animal » avec des agents de la Brigade nationale d’enquêtes vétérinaires et phytosanitaires (BNEVP) et des Référents nationaux abattoirs (RNA)
  • Autoriser les parlementaires à visiter les établissements d’abattage français de façon inopinée, éventuellement accompagnés de journalistes.

Formation

  • À l’occasion du prochain renouvellement quinquennal des certifications, soumettre les opérateurs à une nouvelle évaluation.
  • Sensibiliser les personnels encadrant et la direction des abattoirs aux problèmes psychiques des travailleurs. Créer des groupes de parole ou des cellules psychologiques au sein des abattoirs.
  • Compléter la formation exigée par l’obtention du certificat de compétence par une réelle formation pratique.

Pratiques d’abattage

  • Soutenir à titre expérimental la mise en service de quelques abattoirs mobiles, afin de réduire le stress des animaux.
  • Faire adopter d’urgence un guide des bonnes pratiques pour chacune des espèces abattues en France
  • Mieux sensibiliser les opérateurs et les contrôleurs à l’étape du contrôle de l’étourdissement.
  • Rendre obligatoire, dans les abattoirs de plus de 50 salariés, la rotation des travailleurs sur les postes de travail, l’affichage du mode d’emploi des matériels à proximité du lieu de leur utilisation, l’entretien journalier des matériels.
  • Rendre obligatoire l’utilisation de mentonnières pour l’application des pinces à électronarcose.

Abattage rituel

  • Modifier l’article R. 214-74 du code rural pour préciser que l’étourdissement réversible et l’étourdissement post-jugulation, sont possibles en cas d’abattage rituel.
  • Prévoir, sous le contrôle de l’État, une formation pratique des sacrificateurs (les tueurs d’abattoirs agréés par les cultes religieux) et subordonner l’agrément religieux à la détention établie de cette compétence technique.
  • Créer un comité local de suivi de site auprès de chaque abattoir, réunissant élus locaux, exploitants d’abattoirs, éleveurs, services vétérinaires, bouchers, associations de protection animale, associations de consommateurs et représentants religieux dans la mesure où il est pratiqué un abattage rituel.

Équipements

abattage-mobile
abattage mobile / Crédit : DR
  • Soumettre à un agrément les fournisseurs de matériel d’immobilisation et d’étourdissement.
  • Aider financièrement les petits abattoirs pour l’installation des caméras

Un soutien inattendu

Deux champs de propositions sont particulièrement bienvenus : celui concernant l’épineuse question de l’abattage rituel, qui a représenté une large part des auditions. Dans la religion musulmane et juive, l’animal doit être saigné sans étourdissement préalable, pour que la viande soit considérée halal ou casher, « ce qui suscite un débat légitime » note le rapport de la commission. L’association L214 a justement lancé mardi une pétition demandant au gouvernement « d’interdire l’abattage des animaux sans étourdissement préalable« , et diffusé de nouvelles images réalisées pendant les fêtes rituelles de l’Aïd.

Les députés proposent donc l’introduction de deux nouvelles techniques, via une modification de la partie réglementaire du code rural : l’étourdissement réversible (qui ne provoque pas la mort de l’animal) et l’étourdissement post-jugulation (qui rend les animaux inconscients quelques secondes après la saignée).

Ce fut donc une véritable surprise que de voir ces propositions figurées dans le rapport de la commission d’enquête, preuve que les députés n’ont pas eu peur de se saisir du problème,  même si les représentants des cultes ne veulent pas entendre parler de telles mesures.

Par ailleurs, la proposition 26 est particulièrement intéressante puisqu’elle prône le soutien à l’expérimentation d’abattoirs mobiles dans des départements pilotes, afin de limiter le stress des animaux et de permettre leur abattage sur leur lieu de vie.

Pour Jocelyne Porcher, directrice de recherche à l’INRA et l’une des têtes pensantes du Collectif

« Quand l’abattoir vient à la ferme », « même s’il est un peu difficile de réagir en ne disposant que d’un résumé, cette proposition est une bonne nouvelle. Cela pourrait nous permettre de tester des outils autres que l’abattoir suédois (l’abattoir mobile de la société Hälsingestintan, créé par l’éleveuse Britt-Marie Stegs, ndlr), par exemple l’abattoir mobile Schwaiger, moins coûteux et plus petit, plus adapté aux environnements difficiles, et le caisson d’abattage. Cette proposition 26 acte indirectement que l’abattoir n’est pas l’outil adapté à de nombreux systèmes d’élevage, notamment ceux qui abattent peu d’animaux et qu’il est nécessaire de donner aux éleveurs des alternatives en cohérence avec leur système.

Le dossier de presse fait également mention dans le rapport d’une prise en compte de la souffrance liée des humains et des animaux dans les abattoirs (- et, ce n’est pas dit, en amont dans les systèmes de production porcine, avicole..). Il est regrettable de ce point de vue que le projet Casdar porté par la Fadear (Réseau de l’Agriculture paysanne) ait été rejeté, car l’un des objectifs était de mettre au jour les conditions propices à lever la souffrance dans les abattoirs, notamment dans les abattoirs dits   » de proximité ». Espérons que ce décalage entre les propositions des députés et les décisions du Ministère de l’agriculture vont trouver un point de rencontre ! »

L’abattoir mobile gagne en effet de plus en plus de terrain : le Monde daté d’aujourd’hui, ainsi que le site Atabula, ont largement médiatisés l’abattoir mobile de la société Hälsingestintan, créé par l’éleveuse Britt-Marie Stegs, qui explique dans un reportage le fonctionnement de son camion et la pensée éthique qui sous-tend le projet.

Cette initiative suédoise, qui fonctionne déjà très bien malgré son jeune lancement début 2015 et gagne de plus en plus d’adeptes parmi les éleveurs, a reçu de nombreuses sollicitations pour être déclinée dans d’autres pays. Mais il se pourrait bien que ce soit en France qu’elle voit le jour au cours de l’année 2017. Hälsingestintan et l’entreprise française S.A.S Boeuf Ethique travaillent en effet à un accord de coopération qui prévoira un transfert de compétences en matière de traitement animal, d’abattage mobile et de traçabilité. Pour les Suédois, c’est la possibilité de conquérir de nouveaux marchés, mais pour les Français, c’est surtout la possibilité de manger de la viande produite de façon éthique et durable, avec des animaux ayant vécus toute leur vie dans leur ferme, et jusqu’à leur mort respectueuse de leur bien-être. Le Monde daté d’aujourd’hui s’en fait largement l’écho, ainsi que le site Atabula.