Nikita, la mémoire de l’AVA

2017 commence à peine, et déjà l’équipe d’AVA doit déplorer le départ de l’une de ses protégées. Peut-être la plus aimée, à la fois la plus âgée et la plus ancienne dans la maison, la plus emblématique de l’amour et des soins que les humains de ce refuge prodiguent au quotidien à près de 500 animaux. Presque la mémoire du lieu.

Nikita était une chienne croisée dogue argentin, sourde de naissance. Lorsque Thierry Bedossa a repris la direction d’AVA en 2003, Nikita était déjà là. Son passé est resté un mystère pour tout le monde. Comme si elle avait toujours été là…

Une chose est certaine, elle a été adoptée et ramenée de nombreuses fois. En 2009, elle revient après un an d’absence, suite à l’AVC de son adoptant. Elle n’est plus repartie depuis. Sans doute parce que sa « vraie » maison, c’était AVA.

Son fort caractère y était peut-être aussi pour quelque chose ! Peu câline, Nikita vivait comme une épreuve le fait d’être touchée ou auscultée. Chapardeuse, elle n’hésitait pas à voler tout ce qui se trouvait à sa portée, y compris des outils aussi dangereux qu’une scie ! Enfin, elle faisait de la protection de ressources, ce qui nécessitait beaucoup d’ajustements de la part des soigneurs lors du nourrissage au milieu des nombreux compagnons canins qui partageaient sa vie : « Nikita a vécu durant de nombreuses années dans notre « cour », un espace dédié à un gros groupe de chiens (de 10 à 15 individus) qui vivent tout le temps ensemble. Des chiens sociables envers leur congénères, mais qui ont souvent des problèmes vis-à-vis des humains. Cette cour compte deux bâtiments en dur pour abriter les chiens, des niches d’appoints et un accès à l’eau l’été grâce à une marre bétonnée. », raconte Maud Lefèvre, l’une des responsables du refuge qui l’a connue depuis son arrivée dans l’équipe en 2011.

 

Et ce sont des dizaines et des dizaines de chiens qui ont partagé la vie de Nikita dans cet espace : « Elle en a vu passer des compagnons qui sont partis avant elle… Je pense notamment à Maïko, notre beau berger australien borgne, à Cherokee, un labrador épileptique, à Oscar, un magnifique beauceron sédentaire, à Tony, un petit cocker au sacré caractère, à Maxwell, un cocker qui était lui aussi déjà présent quand Thierry a repris la structure, et encore à Wolf, le berger allemand au grand coeur mais qu’il fallait amadouer… »

 

A AVA, Nikita a vu passer de nombreux chiens, mais aussi de nombreux humains : « Elle nous a tous vu arriver, puis partir ou rester. Elle était toujours enjouée face à un nouveau soigneur, tant que celui-ci était muni d’une balle ! » Car oui, bien que vivant en refuge, Nikita savait s’amuser. Elle adorait les sorties en pâture ou dans le parc détente du refuge, passant des heures à jouer à la balle. Protection oblige, il fallait souvent « troquer » ce jouet contre un objet ou une nourriture plus attractive pour qu’elle la rende.

 

Nikita était heureuse. Elle a passé de longues années au refuge, mais c’était sa maison, et elle s’y sentait bien. « Je ne suis pas sûre qu’elle aurait été plus heureuse dans un environnement familial qu’à AVA », assure Maud.

Arrive, comme pour tout être vivant, le jour où la santé commence à flancher. Nikita a vieilli, et a développé d’abord un souffle cardiaque. Elle a alors emménagé dans le pôle dit « des petits vieux », une ancienne écurie aménagée où elle a vécu en « dyade » (c’est-à-dire en couple) avec chacun des compagnons qui l’ont rejointe. Successivement, ils ont été adoptés, ou sont partis avant elle.

Lorsqu’elle a été atteinte d’emphysème, toussant beaucoup et étant plus sensible au froid et à la poussière, Nikita a rejoint l’équipe dans le « bureau des éthologues ». Ce fut sa dernière demeure, où elle passa la dernière année de sa vie aux côtés de Jazz, puis de Pongo. Ce gentil papy épagneul fut son dernier compagnon.

Nikita, présente dans le cœur de chacun et qui a tant marqué le refuge, s’est endormie paisiblement dans les bras de Marine, Laura, Flora et Maud, le mercredi 4 janvier, et les pensées de tous les autres membres de l’équipe qui ne pouvaient être présents l’ont accompagnée dans son dernier voyage. Elle avait 17 ans.